[Interview] Patrick Abry - Xiao Pan - 2/2

Publié le par Epikt

Voilà les dernières pièces ajoutées au dossier sur la bande dessinée chinoise. Tout d’abord la seconde partie de l’interview de Patrick Abry, mais aussi la suite de l’interview de Benjamin (deuxième partie, publiée hier, et troisième partie) et pour finir une lecture critique de ces entretiens par monsieur Daylon (coming very soon).
Enjoy



L’interview étant assez longue, elle est publiée en deux parties. La première partie (lire la première partie de l'interview) a été l’occasion d’aborder des questions relatives au marché chinois, dans la seconde on parle cette fois de Xiao Pan, du marché français, et du reste.



Justement, parlons du catalogue Xiao Pan. C’est un catalogue que je trouve très éclectique. Trop éclectique ?

[un peu agacé] Ben, il faut dire que j’arrive sur un marché extrêmement diversifié avec des auteurs qui ont chacun leur personnalité. Si vous prenez n’importe quel catalogue, prenez celui de Delcourt, celui de Dargaud, balayez-le vous avez de tout. Vous avez du comic, de la bande dessinée asiatique, et dans la BD franco-belge vous avez de tout vous avez des choses qui sont graphiques, des choses grand public, vous avez de l’humour, de la jeunesse, vous avez de tout. En Chine il y aura exactement la même chose. Moi ce que j’ai essayé de faire, un de mes premiers objectifs : je ne voulais pas qu’on puisse assimiler la bande dessinée chinoise, ni à la bande dessinée européenne, ni à la bande dessinée américaine, ni à la bande dessinée japonaise. J’ai volontairement sorti des titres qui vont dans ce sens – les trois premiers étaient Remember [de Benjamin, NdlR], Le fils du marchand [de Nie Chungrui, NdlR] qui est dans la plus pure tradition chinoise, et My Street fait par Nie Jun qui est un auteur qui a une vrai griffe et que vous pouvez associer à rien du tout. C’est pas parce qu’on a fait un petit format en noir et blanc qu’il peut être associé au manga. Il a un trait qui n’a rien à voir, son trait à lui, son histoire. Et je continue à travailler dans ce sens là.
Alors effectivement aujourd’hui on a l’impression que ça foisonne. Mais on me demande « vous avez une ligne éditoriale ? ». J’ai pas de ligne éditoriale. Je ne veux pas faire ça, ou tel titre, ce que je veux c’est montrer le meilleur de la bande dessinée chinoise. C’est ce que je continue à faire et ce que je vais continuer à faire dans les mois et les années qui viennent. C’est ça, montrer le meilleur de la bande dessinée chinoise.
Cela dit, maintenant on commence à se structurer en collections. On va sortir une collection d’art-books. On va sortir une collection qui s’appelle « Carré d’art » qui va se faire sur un format carré car il y a des dessinateurs chinois qui dessinent comme cela se faisait encore il y a vingt ans il y a dix ou quinze ans, avec un dessin par page et un texte. Ça ça fait parti de la tradition chinoise et il y a des jeunes auteurs et des choses graphiquement extraordinaires. Donc j’essaye de montrer un peu tout, parce que c’est aussi une façon de toucher tous les publics et d’amener par un biais ou par un autre tous les publics à regarder ce qui se fait dans la bande dessinée chinoise. J’ai sorti à partir de janvier une série qui s’appelle Golden Man qui est dans la plus pure tradition du manga. Vous enlevez le nom de l’auteur qui est chinois et vous le montrez à un fan de manga il vous dira que c’est japonais. Mais avec ça je sais qu’il y a des fans de manga qui vont se dire « tiens il y a aussi ça dans la BD chinoise », c’est une façon de les y amener. J’ai une stratégie de montrer le maximum de choses pour toucher le maximum de public. Il y a tout ce qu’il faut dans la bande dessinée chinoise pour toucher tous les publics, alors pourquoi je ne le ferais pas ?

[Daylon] Mais est-ce que c’est payant sur le long terme ? J’imagine que le marché chinois intéresse, on voit le succès critique d’auteurs comme Benjamin par exemple. Est-ce qu’il n’y a pas un danger de voir d’autres éditeurs venir sur le marché chinois, plus spécialisés ?

Peu importe. De toute façon je ne prétends pas à moi tout seul publier tout le marché chinois, je suis parfaitement réaliste. Connaissant le potentiel qu’il existe au niveau du dessin en Chine et le nombre de chinois qu’il y a sur le territoire, même s’il a en pourcentage que la moitié de dessinateurs qu’il y a en Europe c’est encore dix fois plus que tout ce que je pourrais publier. Donc de toute façon je suis content que d’autres éditeurs y viennent. Mon seul souhait c’est d’essayer de garder une longueur d’avance sur tout le monde, c’est à dire d’être le premier à détecter les grands potentiels. Et puis c’est tout, je ne prétends pas acquérir la taille d’un Kana, ce n’est pas mon objectif. Mon objectif c’est de détecter des talents et de créer des liens particuliers avec des auteurs. J’ai une vraie politique éditoriale, dans ce domaine là je suis un vrai éditeur : je travaille avec les auteurs et les artistes, je m’occupe de leur promotion. C’est ce que je disais tout à l’heure par rapport à Benjamin, je fais des efforts et j’organise des manifestations pour que Benjamin puisse devenir le porte parole de Wacom [grande marque de tablettes graphiques, NdlR], c’est pas le directeur de Kana ou Guy Delcourt qui va faire ce genre de chose. Ils vendent du bouquin, moi je vais plus loin que ça. Par contre je ne peux pas tout faire et je ne peux pas tout couvrir, j’ai pas cette prétention là. Donc moi ça me va très bien.
Alors effectivement il y en a d’autres qui vont s’engouffrer. Quand vous êtes le premier sur un marché et que ça marche, vous avez toujours de gens qui viennent dernière, et quand les gens viennent derrière ça prouve que vous aviez raison. Si ni Soleil, ni Casterman, ni Kana ne venaient sur le marché ça voudrait dire « danger pour moi, c’est un truc sur lequel je vais me casser la gueule ». Or les trois vont sortir des titres cette année. Cela veut dire que je suis sur la bonne voix. Après voilà, ils vont sortir des titres, il y a des auteurs qui vont m’échapper, c’est comme ça, c’est la vie, ça ne me pose pas de problème. J’espère en garder le maximum et aujourd’hui j’ai une vraie cote auprès des auteurs et j’ai une vraie démarche qui me permet de me différencier des autres. Une autre chose qui me permet de me différencier des autres : je ne fais que de la bande dessinée chinoise, et je ne veux pas en sortir. Et là c’est une carte de visite qui a un très fort impact en Chine, les auteurs savent que je m’occupe de la Chine, que je m’occupe d’eux et de la culture chinoise. L’expo que je suis en train de monter, c’est pareil, il n’y aucun éditeur qui va faire ça. Monter une expo, prendre quelqu’un, faire un partenariat avec des chinois, travailler avec le gouvernement pour pouvoir exporter les oeuvres pendant sept ou huit mois pour les faire tourner en Europe. Personne ne va faire ça. Moi je le fais parce que justement j’ai cette particularité de promouvoir cette bande dessinée chinoise. Donc pour moi l’arrivée des autres n’est pas un danger.
Mais effectivement, il faut attendre d’avoir un certain nombre de titres pour pouvoir l’organiser en collection. J’aurais peut-être un jour une collection qui s’appellera « Japan » parce que ce seront des trucs inspirés du Japon. On est en train de se structurer, mais quand vous avez vingt titres, vous commencez pas par mettre des collections partout.




Vous vous situez comment sur le marché français ? Notamment vis à vis de l’engouement récent pour la BD asiatique.

J’essaye de profiter un peu de la vague. Il y a un très fort engouement pour la Chine aujourd’hui, pas seulement en France mais dans beaucoup de pays, et je pense que l’année prochaine les projecteurs vont être braqués sur la Chine toute l’année, pas seulement pendant la période des jeux olympiques. Donc moi j’essaye de profiter de cet engouement là. En France il y a quatre cent mille chinois, c’est aussi un public potentiel pour nous. Et je trouve ça bien qu’il y ait une ouverture de la culture européenne vers d’autres cultures, d’autant plus que la culture asiatique est extrêmement riche, qu’elle soit japonaise, coréenne, thaïlandaise ou indienne, c’est extraordinaire la richesse et la variété de cultures. La Chine est une très vieille civilisation qui a été extrêmement florissante tant au point de vue des arts qu’au point de vue des sciences, souvent même en avance sur l’Europe, je trouve donc plutôt bien d’exploiter ce filon là. Et j’essaye de jouer sur l’étiquette chinoise parce que je pense que le fait qu’on soit chinois joue aussi. Je pense que si je faisais la même chose avec la bande dessinée thaïlandaise, sans rien avoir contre les thaïlandais, j’aurais pas la même écoute que je l’ai avec la bande dessinée chinoise. Il y a une prédisposition aujourd’hui par rapport à la Chine et aujourd’hui quand on parle de Chine les gens dressent l’oreille. Donc J’en profite.

En observant Xiao Pan, j’ai vraiment l’impression d’une démarche internationale. Vous avez par exemple lancé des partenariats avec des éditeurs italiens et espagnols. Vous pouvez nous en dire plus ?

Dès le départ je me suis attaché à obtenir pour tous les auteurs les droits sur l’Europe et la plupart du temps sur les Etats-Unis et l’Amérique. Dès le début, comme j’étais le seul et le premier, j’ai été sollicité par les éditeurs étrangers, vu la qualité des produits qu’on avait, pour faire des sessions de droits. Ça a démarré très vite, avec Remember en Italie. Aujourd’hui, je travaille avec deux éditeurs en Italie, avec deux éditeurs en Espagne et Remember va aussi sortir au Danemark au mois de juin, on est en train de négocier avec des allemands, des anglais et des brésiliens. Je suis le défricheur et avec ce que j’ai sorti jusqu’à maintenant j’ai montré qu’il y avait des produits de qualité. Donc les gens tout naturellement viennent vers moi. Cela a un aspect financier extrêmement intéressant pour nous, c’est que ça nous permet de faire du chiffre d’affaire en plus et nous aide à nous développer, alors que le marché en France est quand même relativement difficile et que tout le monde se bat dessus. Pour moi ça me permet d’avoir des soutiens financiers complémentaires qui sont vraiment non négligeables pour la survie de l’entreprise. Et en Europe de toute façon, les gens qui veulent acheter de la bande dessinée chinoise, du moins les titres que je publie ou qui ne sont pas encore sortis mais que je vais bientôt publier, sont obligés de passer par moi. J’ai fermé le canal, volontairement.

Ils pourraient aussi aller en Chine et défricher eux-mêmes.

Oui, ils peuvent le faire. Mais les contrats que j’ai signé et les albums que je publie c’est moi qui les ai, c’est pas eux. Mais ils peuvent faire la démarche qu’ont eu Casterman ou Soleil, aller en Chine et chercher, c’est ouvert à tout le monde, il n’y a pas de soucis. Mais finalement ce que je leur fournis leur convient. J’ai un éditeur italien qui sort deux titres de notre collection tous les mois. Il a acheté quasiment tout le catalogue noir et blanc, à chaque fois que je lui présente les parutions on signe des contrats, pourquoi il se casserait la tête ? Les planches et les dessins arrivent nettoyés, les traductions sont faites en français donc pour passer à l’italien c’est pas casse pied, sans soucis. Mais s’il a envie de y aller, il peut toujours y aller, c’est pas un problème. Mais c’est encore ce que je disais tout à l’heure, s’il y en d’autres qui franchissent le pas et qui vont là bas chercher des auteurs, c’est qu’on est sur la bonne voix. S’il y a des gens qui s’intéressent au marché c’est qu’on a fait le bon choix. J’aurais toujours de la concurrence, cela ne pose pas de problème. Je ne peux pas tout faire, on est une petite structure, deux en Chine, deux en France, on va pas publier cent albums comme Soleil. Avec quarante albums aujourd’hui on est à peu près à notre limite. Si après je veux franchir le pas, ça veut dire augmenter la structure, prendre un bureau à part,... il faut faire un choix.

Justement, deux en Chine, deux en France, ça fonctionne comment ?

Ceux qui sont en Chine ont la charge de suivre les auteurs au quotidien et tous les projets. Ils ont aussi la charge de contrôler tout ce que les auteurs donnent en terme de matériel, vérifier que lorsqu’ils donnent les fichiers les fichiers sont bons, que quand ils donnent des scans les scans sont bien faits, qu’on aient bien toutes les traductions, qu’on aient bien les dessins de couverture,... ils sont chargés de vérifier tout le matériel avant de nous l’envoyer. Et après ils sont chargés de suivre au quotidien tout ce que nous on peut leur envoyer comme question par rapport aux bouquins parce que on comprend pas, parce que quand on prend l’édition chinoise et ce que nous envoie le dessinateur ce ne sont pas les mêmes pages, etc... Ils ont aussi en charge de faire la promotion de Xiao Pan auprès du marché chinois. Ils s’occupent de tout le relationnel avec le gouvernement, puisque tous les contrats qu’on signe avec les auteurs sont déclarés auprès du gouvernement en tant qu’exportation de droits d’auteur. Il y a donc une partie juridique et administrative importante. Avec ça, à deux ils ont largement de quoi s’occuper. Une trentaine d’auteurs à gérer aujourd’hui, ils ont du boulot.

Est-ce que vous avez envie de faire l’inverse, exporter des auteurs français en Chine ? C’est ce que vous avez commencé à faire avec le festival de l’image française à Pékin.

C’est ce que j’ai fait avec l’exposition, c’est aussi ce qu’on va faire avec Jean-Jacques Augier et certains éditeurs franco-belges. C’est une troisième personne avec qui on a déjà travaillé qui va être chargée de cela, mais tant que Jean-Jacques Augier n’a pas terminé son tour de table auprès des éditeur je ne peux pas bouger.





Moins de deux ans [il me corrige, quatorze mois, au temps pour moi], c’est un peu court pour faire un vrai bilan, mais où en est Xiao Pan ?

Le bilan est pour moi relativement positif.
On a réussi à se faire connaître sur le marché, des professionnels, des libraires, les gens ont entendu parlé de nous. Tous les albums qu’on publie ne plaisent pas à tout le monde, ce qui est normal, mais en général on a un très bon retour, on a réussi à trouver des gens qui nous défendent que ce soit des libraires ou des journalistes qui sont des inconditionnels et qui parlent de nous qui essaye de nous soutenir et nous aident. Et on a un public qui (et je le vois ici au salon du livre) commence à nous connaître. Des gens qui viennent me voir et me disent « je suis embêté, je trouve pas vos livres dans les librairies », ça veut dire qu’ils les aiment et qu’ils les demandent. Je pense qu’on est en train de s’implanter tranquillement et en train de monter en puissance. J’ai pas d’inquiétude majeure sur l’avenir.
Ensuite, on est sur un marché qui est déjà relativement saturé donc il faut pousser les autres pour avoir de la place. Les libraires ont une place limitée sur la table, ils reçoivent en moyenne vingt nouveaux titres par jour (quatre mille titres par an), il faut faire en sorte qu’il y ai toujours une place pour les notres. Il faut que chaque semaine il y ait au moins un titre de Xiao Pan qui soit sur la table. Après quand les gens en voient un il peuvent demander les autres, mais faut pas qu’on perdent notre visibilité. Tant qu’on est là on va continuer à monter et petit à petit on va avoir des titres qui vont devenir des best-sellers et on aura une grosse pile d’albums au lieu d’avoir trois exemplaires. Mais cela fait effectivement que quatorze mois qu’on est présents, il ne faut pas non plus demander la lune.

[Daylon] Cela m’y fait penser : le marché est saturé, en BD comme en littérature, et les indépendants ont d’autant plus de mal à être présents. Est-il possible d’imaginer des moyens de distribution alternatifs, que cela soit la vente par correspondance sur le site ou bien carrément du numérique et vendre le fichier sur Internet ?

En ce qui concerne la VPC c’est plus qu’en court puisqu’on va l’ouvrir à la fin de la semaine [à l’heure qu’il est la boutique est déjà ouverte, NdlR]. On voulait déjà le faire il y a deux trois mois mais on n’a pas eu le temps de s’en occuper comme il faut, mais là ça y est. Cela permettra à la fois de vendre les articles du catalogue vendus chez les libraires mais aussi tout ce qu’on n’y trouve pas comme les éditions originales chinoises, des affiches et des produits dérivés – ce qu’aujourd’hui je ne vends que sur les salons.
En ce qui concerne les fichiers c’est aussi quelque chose à laquelle on a déjà pensé, mais c’est un projet à part entière et il est clair que je ne peux pas le faire en tant que Xiao Pan. Si je fais ça les libraires vont me tuer : « tu mets tes fichiers sur le Web, on vend plus tes bouquins, ça tombe bien on en a déjà trop », c’est ce qui va se passer. Mais il est clair qu’à un moment ou à un autre ça va se faire. Cela existe en Chine, il y a une société à Hong-Kong qui a mis ça en place. Je l’ai déjà rencontré plusieurs fois et on a déjà évoqué le sujet. Cela fonctionne relativement bien, d’autant plus que ce qu’ils ont mis en place est assez astucieux puisque les gens achètent un mini-CD chargé en monnaie. Quand ils font un téléchargement ça se décompte et quand il n’a plus e sous ils vont racheter un CD. Il n’y pas de problème de carte bleue, et le payement se fait d’avance.

[Daylon] C’est ce qui est déjà utilisé en France pour les fichiers musicaux.

Voilà, mais dans le livre cela ne se fait pas encore. On va y venir, on commence à trouver des numérisations de livres. La Bibliothèque de France monte un projet européen pour lequel il sont en train de télécharge je ne sais combien de milliers de bouquins de France et d’Europe [allusion au projet de Bibliothèque Numérique Européenne mené par la BnF qui compte aujourd’hui 12 000 ouvrages ; on peut aussi citer la bibliothèque numérique Gallica, toujours par la BnF, avec 90 000 titres, NdlR].
Mais l’éditeur qui va se lancer dedans pour son propre compte va se ramasser la gueule. La première réaction des libraires ça va être d’arrêter de lui acheter des bouquins. Cela doit obligatoirement être lancé par une structure indépendante qui ne soit pas directement liée à un seul éditeur, mais au contraire à plusieurs. Moi je ne peux pas prendre ce risque là. Aujourd’hui j’ai besoin des libraires pour me faire connaître. Mais il est évident qu’on va y arriver, la jeune génération vit avec Internet, mon gamin a cinq ans et il télécharge des jeux sur le Web et quand il aura dix ans il ira lire des bouquins directement sur Internet.
A l’inverse de la Chine avec sa logistique déstructurée, on a la chance en France d’avoir une bonne distribution du bouquin donc les gens arrivent à les trouver. Mais à force ils deviennent un peu fainéants aussi, s’ils peuvent rester chez eux et avoir le bouquin à l’écran plutôt que de faire dix kilomètres ou vingt kilomètres pour trouver une librairie. Vous venez dans le Lot, la région où j’habite, si vous voulez trouver une libraire vous n’en avez pas à coté de chez vous. Le premier spécialisé BD il est à soixante kilomètres de chez moi. Si vous avez le livre en ligne, à un moment vous allez faire le pas, surtout si en plus c’est moins cher, parce que vous ne payerez pas douze euros cinquante pour télécharger un bouquin. Je pense donc qu’il y a un marché pour ça, mais aujourd’hui je ne suis pas près à me lancer là dedans. J’ai d’autres choses à faire.



Interview : Epikt, avec la participation de Daylon
Transcription : Epikt
Photos : Daylon

Interview réalisée au salon du livre de Paris le 26 mars 2007

Merci à Patrick Abry pour sa disponibilité, et à Shaft pour le laptop (et un coup de marteau à ce $§&#@ ! de minidisc)



Liens :

Autres articles du dossier :
- première partie de l’interview de Patrick Abry
- interview de Benjamin [part1, part2, part3]
- chronique de la BD One Day de Benjamin
- lecture critique des entretiens

Liens extérieurs :
- site des éditions Xiao Pan

Publié dans Interview

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Daylon 06/05/2007 21:57

KRG > J'appuie Epikt et en remet une couche: si le livre a encore de très beaux et très longs (quoiqu'avec les temps qui court, je me demande bien qui aura les moyens à l'avenir d'en faire; bref), le numérique offre carrément de nouvelles portes pour la fiction.

Car il ne s'agit pas seulement de transposer un medium sur un support plus "moderne", mais bien, à terme (bon, comptons quand même une petite décennie, le temps que tout le monde se réveille) de créer de nouvelles formes de narration.
Que ce soit des fictions enrichies (un pendant du beau-livre, j'imagine, dans une catégorie toute différente), des fictions collaboratives (notes prises et partagées entre utilisateurs, travaux à plusieurs pour résoudre une énigme -déjà à l'oeuvre sur les ARGs-), voire carrément des fictions interactives (quand le roman chipe des mécaniques aux jeux-vidéos).

Ce n'est encore qu'un balbutiement, mais cette fois c'est la bonne: le livre électronique arrive.


Epikt > Je ne t'oublie pas, pour la lecture critique.

Epikt 07/05/2007 01:04

En effet, il faudra être attentif aux possibilité narrative qu'offre le livre electronique, ça pourra être intéressant. A court terme, cela touchera plus les ouvrages techniques (donc transposition pure du format papier, avec pour valeur ajoutée des MAJ régulières et peu couteuses, mais aussi des possibilité d'interactivité comme les partages de fichiers,...). A moyen terme, aucun doute que la fiction va s'en méler.PS : pour la lecture critique, baaah.... t'es en retard. Un peu. Si si, je t'assure.

Keanu Reeve Gauche 02/05/2007 18:19

En voilà des choses intéressantes.
Perso je trouve ça quand même pas top les bouquins en téléchargement, c'est bien moins confortable que sur papier, et ça fait mal aux yeux, ce serait surtout aux opticiens que ça profiterait.
Sinon chouette interview, ce sera intéressant de voir comment ça se développe ensuite.

Epikt 04/05/2007 16:19

Détrompe toi. Juste avant de mener cette interview, on (Daylon et moi) est passé sur un stand présentant les nouvelles tablettes à encre électronique, et le rendu est vraiment prometteur. On a déjà une définition suffisante à un bon confort de lecture, contrairement à un écran de PC cela n'agresse pas les yeux, la visibilité est excellente même à un angle prononcé, on est très proche d'un rendu papier. Y a encore du chemin à faire, celui de la couleur entre autres (qui arrive bientot), mais il y a vraiment de l'avenir, et à mon sens les critiques vis-à-vis de ce support viennent d'aprioris : quand on a eu l'objet entre les mains, elles ne tiennent plus. Absolument rien à voir avec les scans pourris qu'on lit sur un écran lcd.Sans compter que cela apporte des fonctionnalités nouvelles (je suis tout fou en ce qui concerne la possibilité de prendre des notes avec un stylet directement sur le fichier, c'est un outil de travail indispensable). Alors cela va percer en premier lieu sur les parution nécessitant des mise à jours régulières (presse, documentation professionnelle,...) car dans ces domaines c'est carrément révolutionnaire, mais nul doute qu'à force le reste va y passer aussi.