[Glop !] Life can be so wonderful - Osamu Minorikawa

Publié le par Epikt

Deuxième film de ma pérégrination Kinotayo, Life can be so Wonderful est le premier film en tant que réalisateur de Osamu Minorikawa, qui d’après la plaquette fut l’assistant d’entre autres Yoichi Sai (le réalisateur du un peu beaucoup chiant Blood and Bones avec Beat Takeshi Kitano) et co-scénariste sur un film que j’ai pas vu (Elephant song de Go Riju). Et pour ces débuts, le jeune homme (trente-cinq ans tout de même) n’est pas avare d’ambitions, et ça on aime bien.
Life can be so wonderful est donc un film en cinq parties, cinq histoires indépendantes les unes des autres, que le réalisateur présente comme des poèmes de cinéma. Le ton est quelque peu mélancolique, on y recherche sa place et un peu de sens aux choses, même si finalement tout cela ne me semble pas tant mettre en avant l’abattement et la résignation, mais plutôt ce qui permet de tenir le coup, de faire son bout de chemin et d’en tirer ce qu’on peut. Les résumer une à une serait non seulement très lourd (pourquoi n’arrive-je pas à introduire un résumé autrement qu’avec « c’est l’histoire de... » ?) mais surtout assez réducteur, l’histoire et le scénario n’étant pas (loin de là) les éléments structurants du film, et parfois même impossible quand (dans le premier segment particulièrement) ils sont réduits à peau de chagrin. En un mot, inutile. Et là le spectateur commence à se dire qu’il va lui falloir recoller les morceaux.
Et « recoller les morceaux » semble en fin de compte un peu le leitmotiv de ce film, parfaitement évocateur de son fond comme de la forme qu’il prend. Dans son premier segment (le plus réussi, le plus « poétique » et le plus ambitieux), qui se compose comme un instantané cubiste, multipliant les points de vue sur un même moment, dans la troisième histoire (où, je me rends compte avec effroi, la phrase est citée telle quelle) dans laquelle la jeune femme reconstitue son union amoureuse fragilisée par l’incompréhension, ou encore dans la quatrième où un homme essaye de se faire à l’idée d’un enfant non-désiré. Bon, c’est vrai que le cinéma c’est par définition une histoire de coller des petits morceaux, mais c’est pas non plus tous les films qui procurent ce genre de sensations.

Un aspect particulièrement intrigant du film, c’est son allure de, au court de sa progression, ouvrir progressivement le sujet abordé et son approche, le film s’épanouissant peu à peu. Ainsi, le premier segment n’est qu’un récit, centré sur une unique personne (sa narratrice, la magnifique Miyuki Matsuda), qui est comme refermé sur lui même et condensé dans un moment très restreint – il y a par exemple un grand nombre de fondus enchaînés, comme si le réalisateur voulait à tout prix réduire au maximum l’espace occupé. Le deuxième récit traite une nouvelle fois d’une personne seule, mais cette fois en l’intégrant à son environnement social. Le troisième franchi le pas de la solitude (même si finalement les cinq personnages se révèlent en fin de compte toujours seuls) en envisageant un couple, élan concrétisé par le quatrième segment qui voit l’arrivée d’un bébé. Quand à la cinquième et dernière partie, elle observe pour la première fois des relations intergénérationnelles. A moins que je ne me fasse des idées, et que cela ne soit pas intentionnel, ça sera pas la première fois ! (et on s'en fout, c'est intéressant) Une évolution dans les thèmes et les situations qui se reflète aussi au niveau de la mise en scène et notamment des valeurs de plan (et ça c’est glop) : le premier film affectionne les gros plans, ne montrant souvent que des parties d’un tout, puis l’échelle de plan s’aère – tout relativement cela dit, et c’est là un des rares reproches que je ferai au film, celle-ci étant dans l’ensemble trop resserrée (cela aurait mérité un recours plus fréquent au plan moyen, en particulier dans le dernier segment). Aussi, d’une succession de micro plans fixes s’enchaînant à la manière d’un roman photo (ce qui peut évoquer le mécanisme de La Jetée de Chris Marker, en plus rapide) pour finir par s’animer, on glisse plus ou moins vers une réalisation plus traditionnelle et moins claustrophobe. Mais la continuité de ces récits est assurée par une narration systématiquement en voix-off (par ailleurs plutôt bien utilisée et pas trop redondante par rapport aux images) qui, soulignée de quelques incrustations de texte, relie formellement les segments entre eux.


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Ce joli attirail formel est renforcé par une réalisation à l’avenant, très douce et délicate, un cadre le plus souvent bien choisi (même si comme dit supra je l’aurais bien aimé plus aéré) et un montage aimant les changements de rythme et les courts inserts (et c’est bien car moi aussi). Un petit bémol pour la photo, pas forcément pour ce qu’elle est (même si c’est trop granuleux ; la faute à une caméra pas super performante ?) mais pour ce qu’elle aurait pu être : l’utilisation du noir et blanc pour le deuxième sketch nous fait regretter que chaque segment n’ai pas bénéficié d’un traitement personnalisé.
Alors les ronchons reprocheront probablement au film son manque de contenu explicite (mais quand comprendront-ils ?), mais doit-on s’en formaliser ? Ras-le-bol du cinéma qui doit à tout prix « dire des choses », d'autant plus que Life can be so wonderful en dit bien assez, même si c'est avec la politesse de ne pas en faire un festival de premier degré. Format court (70 minutes, ça suffit quand c’est bon), points de vue multiples, histoires dépressives, argument scénaristique réduit, cadré en 1.37:1 (oui, j’aime), Life can be so wonderful avait de toute façon tout pour me séduire. C’en est même de la triche, mais lui restait tout de même à tenir ses promesses, car je deviens rapidement violent quand un tel film vient à décevoir mes attentes. Merci à M. Minorikawa de ne pas m’avoir fait ce genre de coup bas.



PS : les amateurs de contrepèterie et de franponais apprécieront la faute à la citation qui clôt le film, dans laquelle le pauvre Jacques Prévert devient « Pervèrt ».
(anecdotique, mais c’est rigolo)




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Titre : Life can be so wonderful
Titre original : 世界はときどき美しい (sekai wa tokidoki utsukushii)
Réalisateur : Osamu Minorikawa
Avec : Miyuki Matsuda, Ryuhei Matsuda, Hitomi Katayama, Akira Emoto, Mikako Ichikawa,...
Durée : 70 min
Année : 2007

http://www.sekaihatokidoki.com/

Disponible en DVD chez GP Museum (NTSC zone 2, japonais non sous-titré).

Publié dans Glop !

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Ké pas habillé Reeves 09/12/2007 14:21

Allons, c'est pas si imbitable que ça Blood and Bones, ça a au moins le mérite de te faire comprendre que ta vie à toi elle est pas si mal