[Mini Glop] How to become myself - Jun Ichikawa

Publié le par Epikt

how-to-become-myself-1.jpgFestival du film japonais contemporain, troisième épisode !
Aujourd’hui un film avec des petites japonaises en uniforme et des couettes, sugoi ! Non, ce n’est pas pour cela (ok, pas uniquement pour cela) que j’aime les teen-movies nippons, ni que je suis allé voir ce film. C’est juste que... bah y vous faut bien un peu de lecture, non ?
How to become myself suit donc l’adolescence de la jeune Juri, depuis la fin de sa primaire et son examen d’entrée au collège, jusqu’à ses années de lycée. C’est un peu la fille normale, pas forcément douée sans être une courge, pas hyper belle mais pas moche non plus (quoique, perso je suis sous le charme, elle a un coté Kang Hye-Jeong en plus jeune alors forcément), ni populaire ni souffre-douleur. C’est justement un des premiers thèmes abordés par le film, surtout présent dans la première demi-heure mais recoupant aussi le reste, la hiérarchie instaurée dans les classes, où se distinguent obligatoirement la graine de star que tout le monde envie et la moins que rien qu’on passe son temps à rabaisser. Saluons l'initiative pleine de bon sens d’avoir fait de Juri aucune des deux. Un jour la victime préférée s’en va, admise dans un collège privé (examen auquel Juri échoue), et il faut bien en trouver une nouvelle : par un drôle de retour de manivelle ce sera Kanako (minute je-sais-pas-me-tenir : elle est incarnée par Atsuko « Aachan » Maeda du girls band AKB48 et sa petite bouille totalement craquante), l’ex vedette du groupe que Juri admirait. Quelques années plus tard, une fois au lycée, toutes se sont perdues de vue et Juri tente de reprendre contact par mail avec Kanako, qui s’apprête à changer d’établissement et traîne toujours sa réputation de grosse loseuse. Mais cette dernière ne se souvient pas d’elle. Alors Juri, se présentant sous le nom de Kotori, décide de lui raconter comment une fille, Hina, arrivée en cours d’année et rapidement devenue populaire. Les deux filles vont donc s’envoyer texto sur texto, l’une racontant l’histoire et l’autre demandant se qu’il se passerait dans sa situation, et à travers cette fiction (qu’elle en profite pour soumettre à son club d’écriture) Juri va influer sur la vie de Kanako qui y tire tous ses conseils et s’en inspire pour peu à peu devenir Hina.

Chose qui fache d’abord, l’image est très moche. C’est du numérique sans vrai travail de photographie par dessus, c’est donc sans consistance (la projo en numérique accentue-t-elle cet aspect ?). Et dans l’ensemble, la mise en scène et le montage sont assez bateau (sans grande finesse en tout cas). N’eut été l’utilisation de split-screens, de quelques variations de format et d’incrustation d’écrans en vignettes qui surprennent un peu dans le cadre d’un film à priori peu enclin à briser les conventions cinématographiques. C’est parfois assez laid (le premier notamment, je me souviens plus en quoi cela consistait, probablement un bête champ-contre-champ gonflé en écrans séparés, mais je me souviens m’être fait la réflexion « quelle horreur ! ») et ça fait un peu penser à un The Pillow Book du pauvre (encore une fois, la photo fadasse joue beaucoup, on dira ce qu’on veut, que c’est de l’esbroufe, mais une bonne photo arrondi les angles et sauve parfois des fautes de goût). Certains effets pourtant se distinguent du lot, comme la scène où Juri surprend des camarades de classe parler de Kanako : l’utilisation d’un split-screen met en évidence l’exclusion de Juri du groupe (outre le plan cadré sur elle, elle apparaît dans l’autre, mais de manière très discrète et isolée) tant au niveau de son insertion impossible dans la discussion (elle est constamment refoulée) mais aussi sur ses idées (elle aime Kanako et a envie de la revoir). Autre plan sympatoche qui arrive sur la fin du film, la suppression des arrières plans (ne laissant que les personnages) lors de la discussion en vidéo, permettant au bout du compte de faire asseoir les deux jeunes filles cote à cote. Mais dans l’ensemble on n’en tire pas énormément. Même si on saluera l’initiative, trop de réalisateurs ne remettant pas en cause (et n’en ayant même pas l’idée) le format de leur film, considéré une fois décidé comme intouchable sur la durée du métrage.


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Ce qui n’empêche pas How to become myself de développer des thèmes intéressants – et d’une certaine manière, en y introduisant le jeu de la fiction et de cette manière matérialisant le fantasme, le faire de façon plutôt originale. Je passe sur ze grande question, posée par le titre, de la découverte de l’identité à l’adolescence. Elle ne sera d’ailleurs pas véritablement posée en ces termes, même si finalement il ne s’agit pas d’autre chose. Mais le nerf de la guerre est pour beaucoup le poids des conventions sociales et le besoin de se conformer au groupe, de bien paraître pour faciliter son insertion sociale, quitte à se faire violence et parfois renier son identité. Mis en évidence par le phénomène d’ijime évoqué plus haut (persécution, consistant le plus souvent à taper sur le freak de service) dans la première partie du film et étendu par son contre point par la suite (suivant les conseils de son amie, Kanako devient une fille trop cool qui pète le feu au karaoke) puisqu’aucune persécution n’y sera ensuite montrée.
Cette recherche et cette confusion d’identité sont aussi mises en perspective par l’utilisation d’Internet et l’imbroglio qui en résulte (quand je dis ça on croit entendre Jean-Pierre Pernaut, rendez-vous compte ma bonne dame, ces jeunes ils utilisent Internet et perde la notion de réalité, et oui !). Donc voué, ce sont des jeunes et elles communiquent par mail. Et ce qui est chouette avec le net, c’est qu’il a fournit à toutes les frustrées de la terre qui n’arrivent pas à le faire IRL le moyen d’enfin se créer une identité virtuelle de fille trop cool, de se faire des potes, donnant une « réalité » à un fantasme de vie alternative. Rien de nouveau, mais la bonne idée de How to become myself est d’incarner physiquement ce fantasme dans une autre fille (Hina) au lieu de la laisser à son existence virtuelle, du coup l’observation en devient moins didactique et d’emblée plus ludique (cinématographiquement parlant, s'entend). Et c’est cette manière peu conventionnelle d’aborder certains thèmes qui fait de How to become myself un film intéressant malgré, il faut bien le reconnaître, de flagrants défauts.
[conclusion HS sous forme de propagande pas subtile : ces mêmes thèmes (adolescence pas glop, ijime, poids des conventions sociales, fuite dans une projection virtuelle, etc...) et bien d’autres encore ont déjà été abordés, avec infiniment plus de brio, par Shunji Iwai dans le très très très beau All about Lily Chou-Chou, LE teen-movie japonais de l’ère numérique]






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Titre : How to become myself
Titre original : あしたの私のつくり方 (ashita no watashi no tsukurikata)
Réalisateur : Jun Ichikawa
Avec : Riko Narumi, Atsuko Maeda, Mariko Ishikawa, Yoshizumi Ishihara,...
Durée : 97 min
Année : 2007

http://watatsuku.goo.ne.jp

Disponible en DVD (NTSC zone 2, japonais non sous-titré).

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Florent 24/12/2007 02:23

Pour ma part j'ai vu ce film au festival, et j'ai litéralement accroché ^^

Mais impossible de le trouvé en vostfr pour le moment, aucune sortie de DVD prévue en France pour le moment !!

*déception*

Epikt 28/12/2007 17:06

Pour les sous-titres français, il est possible que Kinotayo l'édite dans sa collection de DVD, comme ils l'avaient fait l'année dernière pour trois des films programmés. How to become myself ayant été primé, il y a même de grandes chances qu'il sorte. Wait and see.