
Vous le savez probablement, j’aime beaucoup le cinéma japonais (sans
blague !) et toute sortie en salle (fut-elle une simple sortie technique) devrait en théorie me réjouir comme un cochon bien gras – n’eut été le fait que je suis de ce genre de personnes qui
considèrent que sur le terrain de la distribution et de l’exploitation un mauvais film prendra toujours la place d’un bon. Alors vous vous doutez bien que cette mainmise de la manga mania (
Kamikaze girls,
Shinobi, j’en oublie et maintenant
Death note) sur les sorties salles françaises ne
m’enchante pas des masses, d’autant plus qu’on cherche toujours un bon film dans le lot. Le cinéma japonais est pourtant plein de bonnes choses – le
festival Kinotayo l’a récemment montré – encore faut-il leur faire quitter leur terre natale (si les distributeurs cherchent des
idées, j’en ai plein). Vous me direz heureusement qu’on a le DVD (même si direct-to-DVD signifie bien souvent anonymat le plus complet) qui nous approvisionne en trucs cool – que ce soit du
patrimonial, merci à
Carlotta pour son excellent boulot et particulièrement pour son coffret consacré à
Hiroshi Teshigahara (le
très beau
La femme des sables fut même sorti en salles au printemps 2007), ou des nouveautés, comme le diptyque
Suicide Club / Requiem pour Noriko de
Sono Sion à sortir prochainement. Enfin, encore une fois je me laisse aller et m’égare.
Aujourd’hui sur
Glop ? ou Pas Glop ? c’est donc les soldes, et comme pour les paquets de lessive vous aurez droit à deux films pour le prix d’un ! Ne cachez surtout pas votre joie. Faut
dire aussi que j’ai bien été aidé par la double sortie en un seul morceau des deux films
Death note qui n’en font qu’un. Toi pas comprendre ? C’est normal, la communication autour de cette
sortie étant un modèle de lisibilité intuitive, c’est un peu dans cet état de confusion que j’étais moi aussi avant d’arriver devant le cinoche, où je me suis félicité d’être arrivé pour la
projection du premier volet et pas du second (parce que oui ! enfin, je savais, ce sont les deux films qui sont projetés), second que je me suis enfilé juste après car la vie est bien faite. Le
premier film étant horrible de nullité, pourquoi me ferez-vous remarquer je suis allé m’infliger les deux heures et demi que dure la suite ? Tsss, vous n’avez aucune idée de mon abnégation – ou de
mon amour de la flagellation filmique, allez savoir. Quoi qu’il en soit, c’est ça qu’il faut faire, ça ou rien, les deux films se suivant d’un seul tenant. Car même si le premier ne s’achève pas
sur un gros cliffhanger qui tue la mort sa fin ne finit rien du tout. Je dirais même qu’elle voit les choses sérieuses commencer (et ça c’est le comble).
Petit rappel pour ceux qui ces dernières années ont eu la bonne idée de passer des vacances sur une île déserte,
Death note est un manga (dont la parution est toujours en court en France,
mais que je n’en doute pas une seconde les fans ont déjà tout lu en scan) de
Takeshi Obata et
Tsugumi Oba, dans le genre pas si mal mais très largement surestimé, ce qui ne l’empêche
pas d’être un grand succès aussi bien public que critique. En gros, c’est l’histoire d’un gamin, Light (faites donc plaisir aux fans, prononcez-moi ça « Raïto »), Light donc qui trouve un cahier
magique top-classe qu’on croirait qu’il est designé pour en faire des produits dérivés (c’est le cas ? je me disais bien) qui a le pouvoir de tuer les gens dont on écrit le nom sur ses pages.
Flippant. Epris de justice, Light s’en sert pour tuer tous les criminels (parce que la justice des tribunaux c’est pourri, une vraie passoire). Et comme tous les super-héros, et d’autant plus que
sa technique est particulièrement étrange, il se retrouve traqué par la police, le FBI, Interpol et tout le binzouin, qui lui offre un adversaire à sa mesure, le mystérieux L. Et là Light est bien
emmerdé, puisque pour tuer il doit connaître le nom et le visage de la personne. Le manga (comme le film) est donc l’affrontement, principalement psychologique, entre Light et L, l’un essayant de
démasquer l’autre, l’autre essayant de découvrir le visage, puis le nom, du premier.
L : la classe incarnée mange du chocolat au lait à même la tablette.
On voit donc rapidement sur quelle base s’est construite la popularité de
Death note, base commune à la plus grande partie de la production BD commerciale (au Japon, aux USA et même chez
nous au pays de la BD-que-c’est-un-art !), la flatterie de la volonté de puissance du lecteur. Qui en effet n’a jamais souhaité pouvoir tuer n’importe qui d’un claquement de doigts, que ce soit
pour rendre la justice, faire des thunes ou simplement pouvoir s’assoir dans le métro ? Cela dit, et on en mesure l’efficacité lorsque développée sur un canevas bien rodé par des décennies
d’expérience (ne me faites surtout pas croire que la structure et les mécanismes de
Death note inventent quoi que ce soit ; au moins est-ce particulièrement efficace), cela reste une
excellente idée par ailleurs riche en potentiel. Et on remarque aussi que le personnage fantasme par excellence n’est pas Light, mais le fameux L chargé de le traquer et qui a trop la classe qui
tue. Ado un peu attardé et timide (ou le faisant croire) mais super intelligent en fait (tant qu’on y est, flattons le no-life qui vit en chaque lecteur), il bouffe constamment des trucs pas
croyables et très sucrés, tient tout du bout des doigts, se balade pieds nus et s’accroupi sur les fauteuils (si votre gamin adopte ce comportement étrange, ne cherchez pas plus loin, c’est la
L-attitude !). Il en est tellement stéréotypé dans le genre « perso ténébreux charismatique qu’on sait rien de lui et qu’il sait tout de vous avec des cheveux dans tous les sens » qu’il en devient
fascinant – rajoutez lui une petite touche gothique (tout palot avec des cernes de panda) comme c’est la mode et vous êtes sur de vendre des camions de figurines. Toujours ce souci d’identification
du lecteur qui pousse les scénaristes à impliquer des personnages d’ado dans des intrigues de haut niveau à l’échelle du monde et qui ne manque pas de me faire sourire à chaque fois. Mais faut
avouer que ça marche.
Je ne vais pas m’amuser à comparer manga et film, c’est pas mon genre. D’ailleurs ceux qui vous diront que le film est pourri et n’a rien à voir avec l’oeuvre originale n’auront pas forcément
raison. Le manga c’est kif-kif, peut-être plus rythmé et tendu, mais le fait qu’il demeure terriblement efficace et surtout additif n’y changera rien, ça reste très bof. Mais que voulez-vous, c’est
une éternelle rengaine, et qui cette fois ne touche pas uniquement les fans, mais aussi notre sacro-sainte et soi-disant « intelligente » critique (cf les extraits sur Allociné) comme tous les gens
qui ayant pris le train en retard ont lu les manga il y a deux jours assis par terre à la FNAC et se sont sentis obligés d’aimer de peur de passer pour des cons, avant de se retrouver devant cette
chouette adaptation si facile à décrier ! (parfois je m’épate moi même, cette logique est implacabeul)
Cela reste toutefois une adaptation très fidèle (sur la longueur que j’ai lu du manga en tout cas) à quelques raccourcis près – en particulier le personnage de Shiori (interprétée par
Yu
Kashii, déjà vue dans le très sublimissime
Linda Linda Linda), ajout d’ailleurs plutôt intéressant même si pas
exploité – ce que je ne me gênerai pas pour le voir comme un belle preuve de fainéantise. Fidélité scrupuleuse qui on le verra plus loin est un sérieux handicap pour le film.
Après, je ne vais pas vous le cacher plus longtemps, le film a comme un petit arrière goût de nanar et on se surprend rapidement à pouffer devant le ridicule des situations comme des dialogues. Ma
mémoire vacillante et sélective ne veut malheureusement pas se rappeler du moindre exemple précis (quoique la simple vision de ce démon en cuir clouté bricolé en CGI hyper moches par des stagiaires
en première année de pâtisserie a de quoi faire tomber la mâchoire du plus tolérant en matière d’effet spécial mal réalisé), mais croyez-moi sur parole.
What the fuck ???
Reste que comme on pouvait s’y attendre le film est d’une transparence totale du point de vue artistique. La photo est hideuse (on dirait de la vidéo brut de pomme) et il serait vain d’espérer y
voir le moindre effort de production-design ou d’éclairage, ce qui a pour effet une ambiance totalement anonyme (pire, c'est de la mauvaise série télé). Un manque de relief et de personnalité que
vient accentuer une réalisation à la pauvreté déconcertante, constamment illustrative et didactique (et comme je le redirais, en matière de didactisme ce film pousse admirablement le bouchon) et
comme si cela ne suffisait pas agrémentée de fautes de goût grossières ! Bref, zéro pointé.
Bonne nouvelle toutefois, le niveau (qui il est vrai ne pouvait pas vraiment descendre plus bas) monte un peu lors du deuxième épisode. Preuve que la mort
d’un mauvais chef opérateur est une bénédiction pour le cinéma, la photo marque un léger mieux, certes toujours terriblement banale mais au moins elle est clean. La réal aussi se défait de certains
travers douteux (plus de travelling-avant finissant en contre plongée sur le visage des acteurs pour appuyer une punch-line ! tic de mise en scène qui pourtant étouffe littéralement le premier
volet) à tel point que j’ai cru à deux réalisateurs différents – j’ai vérifié en rentrant, les deux sont signés
Shusuke Kaneko, auparavant réalisateur du pourtant pas mal
Azumi 2.
Le monteur reste le même (
Yousuke Yafune, auquel on aurait pu substituer un robot sans que ça change grand chose), mais je mettrais ma main à couper que le cadreur a changé (l’IMDB, loin
d’être fiable pour la prod étrangère et asiatique en particulier, est très évasive sur le sujet) [
1]. De toute évidence
Shusuke Kaneko est un réalisateur sans
personnalité, et le simple changement des techniciens suffit à changer significativement la qualité du film (sans pour autant en faire un chef d’oeuvre, entendons-nous). Messieurs aspirants
cinéastes, soyez techniciens auprès de réals sans vision artistique forte, et vous serez les vrais auteurs de leurs films !
Mais vous savez ce que j’apprécie terriblement dans ce deuxième volet ? C’est pas vraiment ce petit mieux dans la mise en scène. Ni même le scénario qui en arrive enfin aux choses sérieuses (on y
voit Light intégrer la cellule d’enquête dirigée par L). Non mes amis, c’est la délicieuse odeur de fan-service bourrin que diffuse le film. Pas particulièrement auprès des amateurs de la série (à
qui on sert la soupe comme lors du premier épisode), mais auprès des pervers dans mon genre qui sautent dans tous les sens à la simple mention d’une teen-idol à couettes ! Ce film est en effet
onctueusement régressiste (je sais, ce mot n’existe pas, mais je l’aime) et flatte les pupilles et l’imaginaire de l’otak’ (et otakette, ne soyons pas homophobe) amateur de jolies filles ! Je passe
rapidement sur les plans faisant la part belle aux interminables jambes de
Nana Katase, notamment un particulièrement mémorable (sur lequel la miss est à demi allongée sur un divan, les
jambes à l’air) que l’on croirait tout droit sorti d’un calendrier « émoustillant » et qui fait sérieusement penser à un sabordage à la
99frs ! Non, le gros du gâteau c’est la
croustillante
Erika Toda, dans le rôle (magnifique) de la starlette Misa Amane.
Erika Toda donc, sortie d’on ne sait où (des dramas que j’ai pas vu et visiblement quelques shows télé
aussi), véritable émanation de pur fan-service 100% kawaï, en faisant des caisses pour se rendre toute mignonne (c’est réussi, j’ai dégusté la moindre de ses apparitions les yeux en coeur) avec une
bonne volonté impressionnante.
Erika Toda c’est la petite amie que nous autres no-life pervers on rêve tous d’avoir, à mi-chemin entre le petit animal mignon et le fantasme de magazine,
tendrement chiante aussi mais ça fait parti du charme (je dirais même que c’est in-dis-pen-sa-ble). Bref, une idol label rouge, hyper caricaturale donc parfaite ! M’a même fait penser (le talent en
moins mais avec autant de kawaïtude) à la prestation de la divine
Aoi Miyazaki dans
Nana (souvenez-vous de la scène où, habillée en maid et avec des couettes, elle récure tout
l’appartement et vient accueillir avec un grand sourire son petit ami qui rentre à la maison ! grand moment de fan-service), autre manga surestimé à grand succès adapté en film pour un résultat
médiocre (mais avec les deux plus grands jeunes acteurs du cinéma japonais au casting, en la personne de
Ryuhei Matsuda et
Aoi Miyazaki).
Mais c’est pas tout, car dans la meilleure scène du film elle se retrouve prisonnière de L qui la soupçonne (à raison) d’être de mèche avec le tueur. Et
au lieu de l’interroger traditionnellement (ça serait pas drôle) le bon bougre lui bande les yeux et l’attache devant un attirail de caméras voyeuses à une sorte de siège de torture dans une
posture on ne peut plus suggestive, qui ne ferait pas tache dans un AV [
2] fétichiste voir même dans un
Guinea pig ! Grand moment de cinéma à n’en pas douter, y manque plus que quelques anguilles et du fil de fer pour se croire
dans le très zarb <
NOT SAFE FOR WORK !!!>
The afraid to a wicked eel and a cruel loach and fear it <
/NOT SAFE FOR WORK !!!> !
Voir l’image plus haut (faut pas s’étonner que j’ai mise celle-là tiens...)
Après cette petite parenthèse récréative revenons à nos moutons et pourquoi
Death note c’est merdique tout plein ! Son impressionnant didactisme ! Ce qui assorti d’une mise en scène
premier degré est bien la marque de fabrique d’un cinéma pour attardé mental.
(attention, dernier paragraphe battant le record de points d’exclamation !!!)
C’est finalement un travers très manga, dans le shonen tout particulièrement (rappelez vous votre enfance bercée de
Dragon Ball Z et autres
Chevaliers du Zodiaque !). Constamment
expliquer par des mots ce qu’il se passe et ce qu’il est convenu de comprendre – que tu as voulu me piéger (ce que tu m’as expliqué pendant trois plombes avec un petit sourire en coin) mais qu’en
fait c’est moi qui t’ai piégé car j’avais vu venir le coup (ce que je t’explique pendant trois plombes avec un petit sourire en coin) –, probablement dans le but de rendre la lecture (vision) fade,
uniforme et sans la moindre subjectivité. L’art de prendre le lecteur (spectateur) pour un con ! Hourra ! Alors si la méthode est déjà lourdingue en bande dessinée qu’est-ce que c’est en film !
Encore pire !
Et en plus dans le genre
Death note, tout à son adaptation littérale du manga, fait vraiment fort, allant parfois jusqu’à expliquer quatre ou cinq fois la même scène (remember la fin du
premier film, un modèle de lourdeur scénaristique), avec autant de flash-back à l’appui ! Je sais que j’ai horreur des livres/BD/films/autres où les personnages voient tout venir à l’avance pour
nous l’expliquer à la fin d’un air supérieur, mais à ce point ça devrait interpeller n’importe qui ! Les gens prennent-ils plaisir à ce genre de
deus ex machina mécaniques, répétitifs et
lourdement introduits ? Les scénaristes y voient-ils une méthode efficace ? Encore faudrait-il (même en admettant que ça puisse donner quelque chose de bien) que l’écriture soit à la hauteur, et ne
tombe pas dans des incohérences à la limite de l’absurde total. Mais là, c’est à croire que ce qui est écrit ne prend même pas en compte les twists qui viendront plus tard ! On se retrouve donc par
exemple avec un héros surpris et paniqué par un truc que, nous dira-t-il plus loin, il avait prévu voir planifié ! Risible ! On y trouve encore d'autres incohérences ou absurdités dans les
comportements (et ne me dites pas que ça vient pas du manga, le passage dans le bus est décalqué dessus, mais Light avait-il vraiment besoin de faire voir Ryuuku au bonhomme ? c’est absurde et cela
le rend d’autant plus suspect), et à la pelle s'il vous plait. Alors forcément dans ses conditions ne nous attendons pas à une psychologie de haut niveau (le type sacrifie sa petite amie, cela lui
pose pas le moindre problème !) ni à une interrogation sur les dilemmes moraux soulevés par l’idée de base (pourtant riche de potentialités). Les fans du manga hurleront à la trahison de la
complexité et la profondeur (pardon ?) de l’oeuvre originale (question : une rédac’ de terminale est-elle considérée comme complexe et profonde ?) mais c’est pas le débat.
Il est temps de plier les meubles. En bref, pas beau, platement mis en scène, mâchant honteusement le travail du spectateur, parfois bêtement incohérent (mais il faut dire qu’arrivé à ce niveau on
s’en fout un peu), mais heureusement sauvé par la bouille craquante de la miss
Toda (à vous de voir si ça vaut le coup), vous aurez compris, sauf peut-être pour les fans du manga (quoique)
et les pervers plus ou moins refoulés, ça vaut pas un bezef.
Sinon, rien à voir mais je mets ça là n’ayant pas pu le caser autre part, mais j’ai horreur du pseudo gothisme pour minette fan de
Tim Burton qui diffuse dans ce truc (manga comme film). Le
top du top étant la liste de règles à la mords moi le nœud qui ne dépareillerait pas dans une fan-fic d’ado fan de romantisme ésotérique bas de gamme. Reste que je me demande si on doit s’interdire
de mouiller les Dieux de la Mort et de les nourrir après minuit.
[1] le site Death Note France crédite Takase Hiroshi comme « Directeur camera », Takase Hiroshi qui n’est personne d’autre que le
directeur photo mort. Si tout ça est vrai, il y a donc bien deux cadreurs différents entre les deux volets (l’IMDB indique Minoru Ishiyama pour le deuxième).
[2] note pour ceux qui ne connaissent pas les bonnes choses de la vie, les AV (pour « Adult Video ») sont ces fameux films porno nippons
(où les organes génitaux sont pixellisés mais où tout le reste est permis ^^)
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Titre :
Death note /
Death note : the last name
Titre original : デスノート(desu noto)
Réalisateur :
Shusuke Kaneko
Scénariste :
Tetsuya Oishi (d'après
Tsugumi Oba)
Avec :
Tatsuya Fujiwara,
Kenichi Matsuyama,
Takeshi Kaga,
Erika Toda,
Yu Kashii,...
Durée : 126 min / 141 min
Pays : Japon
Année : 2006
Sorti au cinéma en France le 9 janvier 2008