[Glop !] Mégalomachine - Mark Leyner

Publié le par Epikt

« Le livre que je devais signer – qui coûtait 75 dollars et que venait juste de publier Rizzoli – était un énorme album de photos de ma propre personne nue, prise par un satellite espion en orbite géostationnaire au dessus du New Jersey. Annie Leibowitz, la célèbre photographe de Rolling Stone, en apprenant que le satellite était capable de prendre de images haute résolution permettant de lire la marque d’une balle de golf, avait contacté le ministère de la défense et lui avait proposé de collaborer avec elle à un livre de photographies où l’on me verrait en train de me prélasser sur la terrasse de mon quartier général, dans le plus simple appareil, enduit d’huile, et faisant étalage de mes muscles. »



Mark Leyner est le plus grand écrivain du monde. Des hordes de fans hystériques font le siège de sa résidence-bunker-forteresse imprenable espérant de l’entrapercevoir ne serait-ce qu’un instant, les foules se ruent lors de ces séances de dédicaces surmédiatisées, les femmes arrachent leur soutif et le font tournoyer au dessus de leur tête à la moindre de ces apparitions publiques, lors desquelles il est toujours protégé par un bataillon de gardes du corps spécialement entraînés. Comme si cela ne suffisait pas, il a un corps de rêve (et parait-il un sexe d’une taille très avantageuse), une magnifique petite amie hispanique (qui n’a pas confirmé la rumeur) et est à la tête l’empire Leyner & cie. Normal, me direz vous, Mark Leyner est avec Dieu l’auteur dont la philosophie a eut le plus d’impact sur la pensée humaine depuis plus de quatre millénaires. Car n’oublions pas, c’est le plus grand écrivain que la Terre ait jamais porté.
Du moins, il ne se prive pas de l’écrire à tout va, ni de le crier à tue-tête, de nous le rappeler à chaque mot de ces « choquants Mémoires », Mégalomachine, nous, pauvres petites merdes humaines qui ne pouvons que baver devant son génie et son corps de culturiste.

Ah oui, ce truc ci-dessus, c’est le résumé du bouquin.

Que dire ? Tout d’abord ça claque.
Ce bouquin est terriblement prenant, peut être trop pour être honnête, l’écriture est accrocheuse et violente. Ca part dans tous les sens et c’est assez jubilatoire. Dans le style « moi, homo-superior vous encule tous bande de nazes et vous méprise », cela fait penser à du Bret Easton Ellis, notamment American psycho, avec ces kilomètres de précisions maniaques et ces digressions à n’en plus finir. Mais là où American psycho gardait une certaine cohérence et un fil conducteur, Mégalomachine cultive le jusqu’au-boutisme jusque dans le n’importe quoi le plus total. Le roman (mais peut on vraiment appeler une telle chose un roman ?) est tellement parsemé d’à-côtés, de détours et de digressions que ces derniers finissent par constituer le corps du texte et à le phagocyter complètement et sans état d’âme. Ainsi, ce qui fait la force et l’originalité du livre constitue aussi son point faible, celui de parler de tout et de rien sans aucun autre lien que de tous louer à leur façon son auteur et sa personnalité fantasque, et de n’être finalement qu’une sorte de bouillie sans queue ni tête de flashs d’inspiration, de morceaux de romans, de détails croustillants sur la vie de l’artiste et d’autres choses moins avouables (en somme c’est de la balle).
Mégalomachine est donc, comme son titre français l’indique, un livre atrocement mégalo (non, je n’ai pas peur des lieux communs), m’as-tu-vu et provocant, cultivant le narcissisme littéraire jusqu’à la nausée et en constituer une virulente et jouissive satire – bien que tout ça dénote malgré tout d’un certaine facilité. Reste alors une mosaïque de plaisirs de lectures tous aussi savoureux les uns que les autres, à dévorer sans retenue aucune.

Vivement conseillé à tout ceux qui croyaient être mégalos : désolé les gars, vous êtes des petites bites.
A ceux qui s’en foutent de lire une histoire, qui préfèrent lire tout court.
Et par dessus tout à ceux que l’autofiction fait vomir.



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Titre : Mégalomachine
Auteur : Mark Leyner
Titre original : Et tu, Babe
Traduit de l'anglais (USA) par Claro
Edition française au Cherche midi (collection Lot49)

Publié dans Glop !

Commenter cet article

Klo 12/07/2006 13:11

Ben voui mais c'est toi la star des critiques!!! Je fais l'éloge de toi ^^ et puis Il Mare c'est super glop :D

Klo 11/07/2006 16:06

Je mettrais un hyper glop mais ça ne tient qu'à moi ^^ (et des films de Lee? bon je me tais...)

Epikt 11/07/2006 21:12

Coucou !Baaaah Lee... à toi de t'en charger ^^

Mc O 31/05/2006 23:07

Article aussi interressant et constructif que mon commentaire ne l'est pas...

Epikt 31/05/2006 23:27

MDR !Pas très constructif certes, mais ça fait toujours plaisir !Evite quand même de me faire ce genre de coup trop souvent, j'ai bien failli m'étrangler ! (mais ça m'apprendra à manger des biscuits devant le PC)