[Pas Glop] Ring - Koji Suzuki

Publié le par Epikt

« Asakawa ne sait pas trop pourquoi, mais toute cette histoire lui paraît très conventionnelle, comme dans les mauvais feuilletons télévisés. »



La curiosité est un vilain défaut. Autant celle qui pousse à regarder une cassette vidéo maudite que celle qui pousse à lire un bouquin en vous disant que, on sait jamais après tout, si ça se trouve c'est un putain de chef d'oeuvre et que le film n'en est qu'un immonde sabotage. Un vilain défaut je vous disais, mais quand même, je m'interroge beaucoup sur l'engouement autour de ce livre. Jugez plutôt : deux suites (Double hélice et La boucle), une préquelle (Ring zéro), une adaptation cinématographique japonaise bien connue (celle de Hideo Nakata) et ses deux suites, un téléfilm (Ring : kanzen ban de Takigawa Chisui), une adaptation de Double hélice (Rasen de Lida Jouji), deux séries télé (Ring : final chapter et Rasen), un remake coréen (Ring virus de Kim Dong-Bin) et pour finir deux remakes US (The ring de Gore Verbinski et The ring 2 de Nakata lui même). On frise l'indigestion et on n'y comprend rien. Que peut bien avoir ce bouquin qui me soit de la sorte passé sous le nez ? Parce que bon, ce bouquin est un peu naze, non ?

J'en connais qui vont me reprocher de ne pas garder ce genre de sentence pour la fin de la critique. Regarde Suzuki, qu'ils me diront, lui garde la révélation finale pour la toute fin, on reste scotché comme ça ! Moué. Déjà que je n'ai jamais été particulièrement convaincu par les romans à chute, si je dois me taper 250 pages de néant avant de tomber des nues devant un deus ex machina des plus convenus, je baisse les bras.

Mais revenons à nos moutons, et au livre lui même. Comme chacun sait, c'est l'histoire d'un journaliste (« un », oui, le personnage féminin est une invention du film) qui enquête sur une sombre affaire de vidéo maudite qui tue en une semaine. Il remonte donc la piste, traquant les indices jusqu'à une certaine Yamamura Sadako, une fille avec des pouvoirs psy sauvagement assassinée et balancé dans un puit. Et qu'on ne s'y trompe pas ce livre est bel et bien un thriller, du moins une enquête, certes matinée de fantastique, mais en aucun cas un livre d'horreur, si toutefois ce genre de livre existe (à ce titre la réédition au Fleuve noir en collection "thriller fantastique" est bien plus honnête que la première chez Pocket "Terreur"). Le tout n'est donc pas des plus paniquant, même les plus sensibles s'en tireront à bon compte. Cela ne veut pas forcément dire que le roman n'est pas palpitant, il est au contraire assez accrocheur (même lorsque l'on connaît l'histoire) et les pages se tournent à vitesse grand V. La faute sans aucun doute à un style des plus quelconques, qui penche même parfois vers le néant absolu, ce sûrement pour cause d'une traduction peu inspirée. Mais c'est bien connu, la soupe ça passe tout seul.

Ne soyons quand même pas toujours négatif, il y a dans Ring quelques bons points. L'aspect contaminant pour commencer, même si cela fait furieusement penser à Tomie, le manga de Junji Ito publié en 1987 soit quatre ans avant Ring. Aussi, l'histoire de Sadako est bien plus intéressante et intelligente que le reste du livre. C'est même à se demander pourquoi tous ces passages sont passés à la trappe lors de l'adaptation cinématographique (de la japonaise en tout cas, car le remake coréen développe davantage ces points), alors qu'ils apportent incontestablement de la profondeur au récit. Mais ne tergiversons pas, la seule vraie bonne idée de Ring, ce sont ces fameux clignements de paupières sur la vidéo. Ça c'est fort. Mais ça dure deux pages.

Mais venons-en enfin au choses qui fâchent (vous voyez que je sais en garder sous le pied), à savoir que la base même de ce livre est d'un ridicule sans nom. Franchement, cette histoire de cassette vidéo maudite, vous y croyez ? Vous me direz que c'est un symbole, que justement la littérature fantastique est le domaine de l'irrationnel et qu'une VHS hantée fait parfaitement l'affaire. Pour cela, il y a le fantastique traditionnel et il se débrouille très bien, un fantôme n'a pas besoin d'une cassette vidéo pour exister. En fait, tout ça sent le « mais bon dieu qu'est-ce que je pourrais bien inventer cette fois si pour accrocher le lecteur avec une idée nouvelle et tant pis si c'est bancal tant que c'est nouveau », en deux mots, je vois là une démarche similaire à celle des scénaristes de la Canon lors de cette époque bénie où ils déclinaient sans fin leurs films de ninja (Flic ou ninja, Ninja Terminator, Ninja exterminator et j'en passe). L'idée : trouver une idée un tant soit peu originale et la justifier à l'arrache. C'est justement le cas dans Ring, dans lequel Suzuki va au fil du récit accumuler les théories les plus bancales (du genre qui ferait passer Je suis une légende de Matheson pour de la hard-science, c'est dire). On ne va pas s'éterniser cent cinquante ans sur le pourquoi du comment Sadako arrive à enregistrer sur la VHS si elle agit au niveau du tube cathodique ou même de pourquoi recopier la cassette briserait la malédiction, le roman ce serait bien passé de tout cet étalage mystico-scientifique de bazar. Mais le soucis est : mais alors que reste-t-il ? Une psychologie malheureusement des plus sommaires et une intrigue qui en fin de compte se contente de faire planer le mystère sur du vide.

Retour à la case départ donc, je suis toujours curieux : mais pourquoi donc tant de foin autour d'un livre à ce point insignifiant ?




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Titre : Ring
Auteur : Koji Suzuki
traduit du japonais par Annick Laurent
Edition française au Fleuve noir

Publié dans Pas Glop

Commenter cet article

Dood 21/06/2006 01:10

en tout cas les films m'ont fait tres peur !! surtout la version avec les acteurs americains !! j'ai glooper au plafond plus d'une fois !! ^_^ lol

Epikt 21/06/2006 02:07

Le remake ricain, je l'ai pas vu (peut-être un jour)Mais je dois avouer que je ne suis pas fan de l'original. Je trouve le coréen meilleur, plus physique (et aussi je dois avouer que c'est le premier role de mon actrice fétiche), même si c'est toujours pas glop.Si tu aimes ce genre de films, je ne peux que te conseiller ceux de Kurosawa Kiyoshi, Séance, Charisma, et surtout surtout Kairo.

blogtrotter 27/05/2006 06:05

[Pas Glop] exact, style du livre trés particulier. Tu commences à le dévorer en te rendant compte que ce n'est pas une faim inextinguible qui t'y pousse mais (toujours pas Glop !) une écriture trop sommaire, pas détaillée qui se consomme (consume ?) trop vite.[Glop] pour l'idée généralle du livre1)Glop glop avec toi sur ton analyse!
2)Et méga Glop pour le travail effectué sur ton blog.
3)........J'vais prendre un café [Glop, GLOp !!!!] lol

Epikt 27/05/2006 09:42

Bah c'est glop tout ça ^^PS : moi qui cherchais (sans trop chercher, je le confesse) des tutos photoshop ! tu es providentiel !

redO 27/05/2006 02:13

Quel massacre terrifiant tu fais la XD ce n’est pas mon livre préféré mais j’ai pris plaisir à le lire et c’est se qui compte enfin de compte ! aurais je eu une autre opinion si je n’avais pas vue le film alors la j’en c’est rien sur ce bonne continuation :)

Epikt 27/05/2006 09:39

C'est vrai que ce livre fait partie de ceux que l'on lit apès avoir vu le(s) film(s) qui en a été tiré (un peu comme Orange mécanique par exemple) et on peut se demander l'influence que cela a sur l'appréciation que l'on a du livre. En effet, on a déjà en tête le physique des personnages ainsi que certaines actions. Quand j'ai lu Ring j'ai essayé de men défaire au maximum, mais ce n'est pas forcément facile.Mais on peut quand même remarquer une chose au sujet du film, c'est que Nakata a quand même eu une put*** de bonne idée en faisant sortir Sadako de la télévision avec les cheveux contre la figure : l'image forte du film n'était à l'origine pas dans le bouquin.PS : t'inquiète pas, même si tu n'es pas toujours d'accord, tu es le bienvenue sur ces pages (d'ailleurs, surtout si t'es pas d'accord, n'hésite pas à intervenir).