[Mini Glop] Guinea pig - Satoru Ogura, Hideshi Hino,...

Publié le par Epikt


Avant propos :
je tiens quand même à mettre les pendules à l'heure si toutefois cela est nécessaire : les
Guinea pig ne sont pas des snuff !!! D'ailleurs, un brin d'esprit critique et de lecture attentive de l'image montrent bien que certaines scènes nécessitent plusieurs prises (champ/contre-champ par exemple) et/ou sont incohérentes dans le cadre d'un snuff (caméra subjective lorsque la fille est prisonnière du filet). Pour les sceptiques qui me diront que ces effets de montage n'empêchent pas vraiment de zigouiller une demoiselle pour tourner certains plans (pas faux) sachez que de nombreuses enquêtes (en particulier à la suite d'une plainte au FBI de l'acteur Charlie Sheen) ont disculpé ces films (de plus les making-of dévoilent l'arrière du décor). Nous voilà donc rassurés, tout cela est du cinéma.
(et puis franchement, trouverait-on des snuff à la FNAC ?)





Le premier de la série Guinea pig, Devil's experiment, se présente comme un pseudo snuff-movie (la première édition ne comportait d'ailleurs aucun générique, ce qui accentuait le coté vidéo amateur pirate et licencieuse) montrant trois hommes torturant une jeune femme. Les tortionnaires décrivent leur geste comme un protocole expérimental en vue d'appréhender les limites du corps et de l'esprit humain dans sa confrontation à la douleur. Ainsi, chaque torture est introduite par un panneau explicatif et il y a peu à peu gradation dans la violence. Les sévices exercés s'orientent ainsi sur plusieurs axes : violence psychologique (brimades, insultes, humiliations), dégoût (asticots, lapidation avec des abats) et bien entendu violence physique (arrachage d'ongle, brûlure,...). Certaines de ses tortures sont comme des jeux poussés dans leurs retranchements (le passage où les ravisseurs saoulent leur victime et la forcent à tourner sur elle même jusqu'au vomissement), d'autres sont effectués avec un détachement glacé (la torture par le bruit). Et le film se clôt sur cette fameuse énucléation à l'aiguille, sûrement un des effets spéciaux les plus saisissants du cinéma gore.
En chipotant on regrette que le coté expérimental ne soit pas plus poussé, l'impact n'en aurait été que renforcé. Le film reste toutefois d'une belle bizarrerie avec son ambiance poisseuse et industrielle, curieusement bien plus soft que ce à quoi on pouvait s'attendre – finalement Devil's experiment est (mise à part l'impressionnante énucléation) très peu sanglant – mais pas moins dérageant.

Confié au célèbre mangaka Hideshi Hino (pour le découvrir, lisez Serpent rouge, publié en France par IMHO) Flowers of flesh and blood semble reprendre la même apparence de faux snuff mais avec une optique tout à fait différente. Ici plus de souffrance, la victime est droguée et ne ressent aucune douleur, seulement le plaisir de se faire mutiler. Tout aussi drogué (et franchement psychotique), son tortionnaire revêt une armure de samurai et entreprend de faire ressortir l'essence esthétique de ce massacre.
Après Devil's experiment, on peut dire que Flowers of flesh and blood pousse le bouchon encore plus loin. Ce film n'est d'ailleurs pas pour rien dans la sulfureuse réputation de la série. Ultra radical, le film abonde en hémoglobine et donne à voir les mutilations en très gros plans, avec un réalisme très poussé. Mais au lieu d'en faire un étalage sans relief, Hino a choisit une approche elliptique avec (opposés aux images frontales) de nombreux hors-champ. Cet artifice – pourtant propre au cinéma mainstream lorsqu'il cherche à atténuer la violence – exacerbe la portée de ces scènes en donnant la primeur aux bruitages et à l'imagination, qui acquièrent une importance primordiale : l'effet gore n'est plus uniquement visuel (le couteau qui tranche), mais aussi auditif (les  bruissement des chairs, les craquements des os déboîtés) et spéculatif. Au spectateur de faire le reste. En construisant de Flowers of flesh and blood comme une oeuvre pleinement sensitive, plutôt qu'uniquement visuelle, Hino rend la douleur (toute jouissive qu'elle soit dans le cas présent) d'autant plus palpable : ne plus seulement la contempler mais aussi la ressentir.

He never dies rompt totalement avec l'optique snuff des deux premiers volets – peut-être d'ailleurs que c'était là la condition sine qua none pour ne pas voir la série répéter ad nauseum les mêmes gimmicks (d'ailleurs la fin de Flowers of flesh and blood marque déjà ce changement de direction par son atmosphère onirique). Quitte à changer, autant le faire des plus radicalement, He never dies est une comédie ! Rassurez-vous, toujours avec un max de sang et de boyaux, puisque l'histoire est celle d'un pauvre type qui n'arrive pas à se suicider car il est immortel. Il va donc se trancher les veines, se planter une équerre dans la tête, s'enlever les intestins et autres joyeusetés. Mais même si derrière la comédie se profile aussi un commencement de critique sociale (difficulté d'intégration au groupe,...) le tout est malheureusement trop léger pour réellement convaincre. Reste une comédie « sympathique » et débridée, une petite curiosité aussi, mais pas de quoi se relever la nuit.




Devil's experiment (à gauche) et Flowers of flesh and blood (à droite)



Quatrième opus de la série, Mermaid in the manhole est sûrement le plus réussi. Après Flowers of flesh and blood, la réalisation est une nouvelle fois confiée à Hideshi Hino qui exploite dans ce film une thématique plus personnelle qui n'est pas sans rappeler son travail de mangaka (en particulier Panorama de l'enfer). Il y décrit un peintre qui trouve une sirène dans les égouts et décide de la recueillir chez lui afin de la peindre. Mais la belle est atteinte d'une mystérieuse maladie et commence à se putréfier : du pus jaillissant des pustules couvrant le corps de la sirène le peintre va tirer l'encre nécessaire à son oeuvre.
On retrouve dans Mermaid in the manhole des thèmes récurrents dans l'oeuvre de Hino, comme la représentation de la mort par un peintre schizophrène ou la putréfaction et la déliquescence symbolisées par les vers et les asticots, ainsi qu'une certaine ambiance qui lui est propre, à base de phantasme graphique et de poésie morbide (atmosphère déjà présente dans le final de Flowers of flesh and blood). Artiste dégénéré et fascinant, Hino crée avec Mermaid in the manhole non seulement la pièce maîtresse de la série, mais aussi une oeuvre forte et dérangeante, où la réalité instable glisse doucement vers le phantasme.

Mais avec Android of Notre Dame la série marque le pas. Déjà dès le troisième volet l'esprit initial des Guinea pig avait volé en éclats pour uniquement capitaliser sur le nom, mais une certaine qualité avait été maintenue. Avec Android of Notre Dame ce n'est malheureusement plus le cas. C'est pourtant l'opus de la série qui ressemble le plus à un « vrai » film, avec une intrigue et un scénario développé, mais il faut bien avouer que cette histoire d'androïde (faisant d'alleurs furieusement penser au Pinhead de Hellraiser) et d'expériences scientifiques n'est pas très palpitante. Et c'est malheureusement pas la réalisation innexistante qui va sauver le tout.




He never dies (à gauche) et Mermaid in the manhole (à droite)



Et c'est encore pire avec le sixième (et dernier : ouf) opus, Devil woman doctor, qui lorgne maladroitement en direction du Z le plus fauché made in Trauma, mais sans pour autant réussir l'alchimie de portnawak et de délire décomplexé qui fait le bonheur de certaines réalisations de la firme de Llyod Kaufman (le délirant Sergent Kabukiman NYPD par exemple). Mis à part le coup du tatouage mobile (ceux qui ont vu le film comprendront), la plupart des délires tombent à plat et les effets spéciaux bricolés à l'arrache, s'ils peuvent parfois faire sourire, finissent par être pathétiques plus qu'autre chose.


En guise de conclusion, ce qui frappe donc en dressant un panorama de la série, c'est la profonde inégalité des différents métrages : dans les traitements et les genres abordés (ce qui est glop), mais aussi dans la qualité (ce qui est déjà nettement moins glop). Il n'en reste pas moins que voilà un classique que les fans de cinéma extrême se doivent d'avoir vu, ne serait-ce que pour pouvoir affirmer « j'ai vu Guinea pig » (raisonnement très con, je sais, mais on ne se refait pas).
Mais au delà du coté collection de films zarb, on peut facilement considérer que – de par leur étrangeté, leur radicalité, leur poésie parfois – trois de ces films sont des must see. Qui ne plairont pas à tout le monde, certes, même parmi les adeptes endurcis. Mais c'est là la marque des oeuvres radicales.





NdE : l'appréciation « Mini Glop » de la série Guinea pig tient compte de plusieurs critères, en particulier la grande inégalité de qualité entre les différents volets et le fait que ces films ne sont définitivement pas à mettre entre toutes les mains.
Toutefois, les DVD étant disponibles à l'unité (trois DVD contenant deux films chacun) et afin de rendre compte de cette inégalité, voici des appréciations au cas par cas :

Devil's experiment >>> Mini Glop
Flowers of flesh and blood >>> Glop !
He never dies >>> Moué
Mermaid in the manhole >>> Glop !
Android of Notre Dame >>> Pas glop
Devil woman doctor >>> Pas glop


NdE : bien qu'associé à la série par l'éditeur américain de la série (Unhearted films) LSD (Lucky Sky Diamond) de Hashimoto Izo n'est pas un Guinea pig.




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Titre : Guinea pig
Réalisateurs : Ogura Satoru (Devil's experiment), Hino Hideshi (Flowers of flesh and blood et Mermaid in the manhole), Kusumi Masayuki (He never dies), Kuramoto Kazuhito (Android of Notre Dame) et Tabe Hajime (Devil woman doctor)
Edition française chez One plus One (collection Bloody One), disponible en coffret 4 DVD ou en 3 DVD simples.
Déconseillé aux moins de 16 ans

Publié dans Mini Glop

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laurent 20/06/2006 15:20

dans les films japonais que penses tu de "cha no aji" (the taste of the tea) ou l'"été de kikujiro"?

Epikt 20/06/2006 16:22

Pas vraiment la même chose ! ^^Cha no aji est tout simplement le meilleur film sorti sur les écrans français en 2005.  D'ailleurs, tout ce que fait Ishii Katsuhito est excellent, que ce soit ses films live (Shark Skin Man & Peach Hip Girl et Pary 7) ou bien ses anime (la série, enfin, le début de série, Trava : fist planet, coréalisé avec Koike Takeshi). C'est un de mes réalisateurs préférés, et j'attends son nouveau (Nice no mori) avec beaucoup beaucoup d'impatience.Kikujiro, j'avoue ne pas avoir accroché (pourtant, je suis fan de Kitano). En fait, si chaque scène fait mouche et donne vraiment l'occasion à Kitano (surtout l'acteur) de s'exprimer, je trouve l'ensemble assez bancal

vittel 11/06/2006 16:11

c'est 1 bien jolie site bonne chance pour la suite qui promet ...

Razort 07/06/2006 15:52

arf ! c gore ! lol

FlOw 04/06/2006 11:44

peut-être parce qu'en France, la catégorie -18 est réservée aux films porno ... je sais pas!

Epikt 04/06/2006 12:08

Non, justement, la catégorie -18 a été introduite (à la suite de l'affaire Baise-moi, le film de Virginie Despentes) afin de pouvoir interdire des films aux mineurs sans toutefois les classer X. A savoir que le classement X entraine des concéquences très lourdes, en particulier la restriction à un circuit d'exploitation spécialisé de plus en plus réduit et surtout des taxes bien plus élevées que celles dont est astreint un film "traditionnel".Plus cohérente, cette classification évite certaines aberrations courrantes il y a quelques années (longtemps Massacre à la tronçonneuse de Todd Hooper a été classé X)Outre Baise-moi, parmi les films non X classés -18, on peut citer 9 songs de Micheal Winterbottom, Ken Park de Larry Clark (au début classé -16) ou encore Cannibal holocaust de Ruggero Deodato.Cela dit, je ne doute pas que certains ne se serait pas génés pour faire rentrer Guinea pig dans la catégorie pornographie (et ils trouveront des arguments, en particulier dans Flowers of flesh and blood).

listiblogger 02/06/2006 09:54

Il est clair qu'il vaut mieux éviter de regarder ca avec ses enfants...En tout vas, chouette "critique" :)