[Moué] L'envol - Zhang Xiaoyu

Publié le par Epikt


L’édition – et en particulier l’édition de bande dessinée – est un drôle de milieu, paradoxal. En effet alors que les éditeurs et les journalistes se gargarisent de ventes en hausse, de nombre de titres en explosion et d’« évènements populaires » à l’honneur de la BD (occultant au passage la diminution des mises en place et des tirages moyens, le manque de suivit des séries et autres dommages collatéraux de cette course folle) le lecteur lambda est de plus en plus perdu devant l’affluence des titres et fini par se réfugier derrière les valeurs sûrs (le dernier Astérix pour les moins inspirés, le dernier Bilal pour ceux qui ont plus de goût). Quand au lecteur un peu plus assidu il commence un peu à désespérer. Suite au fantastique boom des années 90 qui a vu l’émergence et l’établissement d’une vague d’éditeurs indépendants des plus intéressants, la BD européenne s’endort sur ses lauriers et s’embourgeoise. Les seuls trucs un peu intéressants semblent nous venir du Japon, mais malheureusement noyés par un rythme et un volume de parution frénétiques de titres moins recommandables.
Et voilà qu’au début de l’année (mars 2006) débarque Xiao Pan (site), un éditeur spécialisé dans la BD chinoise (man-hua) et dont le catalogue éclectique est des plus alléchants. A ce sujet, je suis même embarrassé de vous présenter en ces pages le moins intéressant (tout en restant ma foi correct) de ce que j’ai pu lire chez eux. Mais ce n’est que partie remise.

Donc quid de L’envol ?
Il s’agit d’un recueil de deux histoires courtes assez différentes l’une de l’autre.
La première, Qiao Zhengfei, inventeur, raconte l’histoire d’un gosse qui rêve de construire un avion et de s’envoler. Des deux c’est la plus intimiste et la plus personnelle. La plus « chinoise » aussi, abordant en arrière plan des événements de la révolution culturelle. Le ton n’y est pas forcément léger, mais une certaine emphase dans les expressions et le dessin en général dédramatise ce qui aurait pu devenir une larmoyante histoire pleine de bons sentiments.
La seconde, Timi, est une adaptation de la nouvelle L’enfant du temps de Isaac Asimov. Comme on peut s’y attendre, il s’agit d’une histoire de SF assez basique (faut pas trop en demander, c’est du Asimov après tout) à base de voyage dans le temps, de mère aimante et de méchants scientifiques. Je suis un peu cynique sur le coup, alors que l’histoire pose tout de même des questions intéressantes, même si depuis 60 ans elles ont été moult fois abordées. Dommage, tout ça n’est pas vraiment fouillé. En fait, on peut se demander quelle pertinence, hormis l’hommage, peut avoir de tels adaptations si peu actualisées d’oeuvres des grands dinosaures du genre.

A vrai dire, s’il n’y a rien de catastrophique dans L’envol, agréable à lire, pas con, pas trop nian-nian,... le problème est que ces deux bandes dessinées sont bien trop classiques, trop peu marquantes pour retenir l’attention. Alors certes, aucune des oeuvres au catalogue de Xiao Pan ne se distingue par son scénario (ils faudrait d’ailleurs qu’ils s’y intéressent un peu), mais elles faisaient à chaque fois la différence sur le graphisme, que ce soit Benjamin et sa splendide utilisation de l’ordinateur sur Remember ou Nie Jun et son graphisme décalé, cartoon et dynamique sur Diu-Diu et My street. Ces deux auteurs avaient le bon goût de se défaire des codes de l’omniprésent manga, ce que ne fait malheureusement pas Zhang Xiaoyu, particulièrement dans Timi, très proche de certains manga classiques et donc pas forcément très enthousiasmant.

L’envol n’est donc pas forcément mauvais, simplement très dispensable. Si vous voulez découvrir la BD chinoise, et je ne pourrais que vous y encourager, préférez My Street de Nie Jun ou Remember de Benjamin, eux aussi édités par Xiao Pan (de toute évidence un éditeur à suivre).





*****************************

Titre : L’envol
Auteur Zhang Xiaoyu
traduit du chinois par Ghislaine Yang
Edition française chez Xiao Pan

Publié dans Moué

Commenter cet article

Bédédazi 04/06/2006 13:22

Bonjour,C'est cool de lire de la BD chinoise, ça change des mangas !Si vous aimez tout ce qui est manga, manhwa, manhua, vous pouvez visiter "Bédés d'Asie" sur http://bededazi.over-blog.com.A bientôt ! Bédédazi.

Epikt 04/06/2006 16:40

Concernant la BD chinoise, j'espère justement que les éditeurs ne vont pas se ruer dessus comme sur du "manga pas cher" et priviléger les séries sous influence japonaise. C'est pourtant ce qui risque d'arriver, puiqu'avec la stagnation du marché japonais et la grande concurrence entre éditeurs français les prix d'achat de séries jap sont en hausse ; d'où un probable report des éditeurs sur le chinois et le coréen.A propos de Xiao Pan, c'est justement ce que j'aime chez eux, ne pas trop faire de pseudo manga (chose que je reproche à L'envol soit dit en passant). La "mangafication" du man-hua est d'ailleurs un thème abordé par Benjamin dans Remember.