[Portrait] Ko A-Sung (고아성) : Du sang neuf (enfin)

Publié le par Epikt


Le cinéma coréen, c’est un peu le royaume de la pimbêche. Pas étonnant dans un cinéma qui accorde tant d’importance à l’apparence et à l’esbroufe. Quoi qu’il en soit, la plupart des actrices coréennes sont actrices (idem pour les acteurs d’ailleurs) parce qu’elles sont belles et célèbres, pas parce qu’elles sont douées. Tout comme à Hollywood me dira-t-on. Mais à la différence du cinéma US, le cinéma coréen souffre de la quasi inexistence de cinéma indépendant duquel pourraient émerger quelques figures singulières : le cinéma coréen est un cinéma de blockbusters et de « grand public », et le consensus y est trop souvent de mise. Trop lisse et esthétisant, pas assez incarné, le cinéma coréen se cherche mais peine toujours à tutoyer son grand frère japonais, beaucoup plus mûr, varié, surprenant et inventif.
Mais dans ce pays, où le tout commercial accouche plus souvent qu’ailleurs d’enthousiasmantes productions, moins que dans tous les autres on semble prêt à tourner le dos au système. Ceux qui s'y sont risqués n’ont pas un sort des plus enviables, de Kim Ki-Duk – totalement ignoré dans son propre pays (son prochain film, Time, ne sera pas diffusé dans les salles coréennes (1) ) et se concentrant de plus en plus sur les festivals occidentaux (espérons que cela n’affadisse pas son cinéma) – à Jang Sun-Woo – sur la liste noire de tous les producteurs depuis le désastre commercial de sa gigantesque (et jouissive) farce Resurrection of the little matchgirl – en passant par Nam Ki-Wong – dont le Teenage hooker became a killing machine in Daehak-roh n’est bénéficie même pas d’une édition DVD en Corée, uniquement au Japon –, sortir des canons dictés par le marché semble le plus souvent condamner le fautif à la black-list.
Dans ce paysage cinématographique dont l’appréciation (la mienne) oscille au gré de l’humeur (la mienne) entre franc enthousiasme et total sinistre, les raisons de se lamenter sont nombreuses (dernièrement la diminution des quotas d’exploitation qui risque encore d’accentuer la tendance au gros blockbuster qui tache au détriment du cinéma indé), mais de temps en temps pointent leur nez quelques lueurs d’espoir, la dernière en date étant à coup sûr la découverte de la toute jeune Ko A-Sung.





Pour autant que j’en sache, elle fait ses débuts en 2005 dans la série télé Beating heart (aussi connue sous le nom Six love stories) dans laquelle elle m’avait déjà fait forte impression et faisait preuve d’une présence rare pour une actrice si jeune. Et sa prestation dans The host (le nouveau film de Bong Joon-Ho) a permit de vérifier que son talent ne s’arrête pas au sur-jeu comique qui est souvent de mise dans les K-drama. Le film vaut ce qu’il vaut, mais jonglant entre la comédie et le drame en passant par le film d’action, il confirme que déjà à 14 ans Ko A-Sung a un talent presque insolant et peut tout jouer. Et le plus réjouissant dans tout ça c’est que Ko A-Sung est à cent mille lieues des starlettes sus-évoquées. En fait, j’oserais même la comparer à Bae Doo-Na ; ceux qui me connaissent savent que venant de moi une telle comparaison n’est pas à prendre à la légère (pour info, Bae Doo-Na est tout simplement la meilleure actrice du monde).
Parallèle à ne pas prendre à la légère et à mon sens pas dénué de fondements. Toutes deux le même style d’actrice, occupant l’écran sans pour autant le cannibaliser, une présence discrète mais indéniable, un jeu naturel et protéiforme. Même genre de physique, pas trop belle sans forcément être moche. Même groupe sanguin : O (rigolez, mais les coréens croient beaucoup à ce genre de trucs !). Ko A-Sung pousse la ressemblance jusqu’à s’enticher elle aussi de photographie. Pas vraiment surprenant qu’au détour d’un épisode de Beating heart Ko A-Sung soit amenée à jouer Bae Doo-Na jeune. Et je ne doute pas une seconde que ce soit cette dernière qui ait présenté sa jeune collègue à Bong Joon-Ho pour le casting de The host. Entre « vraies » actrices il faut se soutenir.
Il en est des actrices comme des pépites. Il y a les resplendissantes, éclatantes, brillantes, voyantes et m’as-tu-vu ; le plus souvent en plaqué. Et il y a celles que l’on va chercher dans la vase et qui sous la boue qui leur macule le visage cachent un talent en or. Ko A-Sung est de cette espèce. Rare. Et nul doute que, si on lui en donne la possibilité, elle ira loin ; très loin.




(1) Contrairement à ce qu'il se disait quand j'ai rédigé l'article, Time sera finalement distribué en Corée (news du 09/06/2006). Ce qui ne change pas le fond du problème.


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Flo-Avril2 :0050: 07/06/2006 13:16

Glop lol mais pour toi, tu me fais trop rire

Epikt 07/06/2006 13:40

Hehe !On dit qu'une fille que l'on fait rire est déjà à moitié séduite   =^..^=Un gros poutou poutou !