[Mini Glop] Takeshis' - Takeshi Kitano

Publié le par Epikt


Il y a tout d'abord Beat Takeshi, acteur célèbre et adulé.
Il y a aussi ce type, ce Mr Kitano, acteur raté qui ne compte plus les castings infructueux. La nuit, il rêve les films de Takeshi.
    Un jour cependant, il décroche un rôle. Le rôle de sa vie, son rôle. Celui où il peut avoir un flingue et une belle bagnole, où il peut tuer des bad guys et séduire les filles.

L'image de « Kitano réalisateur de films de yakuza monolithiques » a fait long feu. Ses derniers films - Dolls, Zatoichi et maintenant Takeshis' - sonnent le glas de toute prévisibilité dans son oeuvre, les films de Kitano se suivent et ne se ressemblent pas. Le cliché est daté mais Kitano s'en amuse. Il joue avec son image. Yakusa invinsible et insensible. Gun-fights et plans fixes. Narcissisme. Le spectateur veut du Kitano ? Il en aura, et plutôt deux fois qu'une.

Et finalement ça ressemble à quoi ? A rien ? Oui. A du Kitano ? Aussi.

Takeshis' est un inextricable labyrinthe mental, dans lequel les rêves s'entreboitent et la cohérence cède le terrain devant le délire d'un acteur/réalisateur/monteur/scénariste qui n'a d'envie que de faire du cinéma. Alors Kitano fait son show. Takeshis' est un show. Les personnages sont des acteurs, ils apparaissent sans crier gare dans le champ de la caméra. Qu'ils meurent, ils reviennent quand même ; après tout, si le personnage meurt, l'acteur vit toujours, rien ne l'empèche de revenir. Dans ce monument indescriptible, Kitano joue, il s'invente des histoires, se fait plaisir. Un peu trop parfois, oubliant surement qu'il est filmé (qu'il filme). Mais qu'importe, pour peu qu'on accroche au délire, Takeshis' est une mine d'inventivité et d'humour.
Certes très exotique et plus proche d'un Getting any ? que d'un Sonatine, Takeshis' est un film foutoir déstabilisant et à réserver aux connaisseurs du personnage, mais foutrement déridant pour qui arrive à le prendre par le bon bout. Nul doute par contre qu'il déroute ceux qui voudraient  coller à Kitano une quelconque étiquette.





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Titre : Takeshis'
Réalisateur : Kitano Takeshi
Avec : Beat Takeshi, Kyono Kotomi, Kishimoto Kayoko,...
En salles le 5 juillet 2006
 

Publié dans Mini Glop

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Totoro 22/07/2006 05:38

Je n'emploie jamais le terme "liberté de ton" au cinéma, car c'est certainement le seul art où il n'y en a pas vraiment. La pseudo liberté pour un réalisateur est de devenir son propre producteur, comme l'a fait Kitano. Alors seulement il peut espérer construire son style mais, production oblige, un film doit aussi être rentable... ( Zatoïchi est un bon film certes, mais ce n'est plus vraiment tout-à-fait un KITANO non plus. Même si les personnages restent très kitanien, la narration est trop structurée.)
Lorsque je parle de vision "douce", il s'agit de l'approche choisie par Kitano pour développer son histoire, par opposition à la vision "violente".
Hormis Violent cop, qui n'est pas un pur Kitano, tous ces autres films (en tant que réalisateur) dépendent de l'une ou l'autre.
Et si Hana-bi est le plus envoûtant et le plus apprécié des KITANOs, c'est que Kitano a utilisé les deux à la fois, à la manière du héros, écartelé entre sa "vengeance" et sa femme. Pour une fois, les deux visions se rejoignent et se complètent dans un même film.

Epikt 23/07/2006 13:42

Haha, je crois bien être tombé sur un hardcore-fan !Je crois avoir saisi ce que tu entends par "vision douce" et "vision violente" (enfin, je crois : cette naration elliptique et éclatée, avec un montage brusque qui fait passer soudainement d'une scène à une autre - comme dans Jugatsu quoi ^^).Sur la liberté de ton, je ne vois pas pas en quoi le cinéma en serait dépourvu. Certes, le caractère "industriel" et commercial de cet art contribue grandement à la brider, mais on pourrait en dire autant des romans calibrés pour les rentrées littéraires ou des albums de pseudo-pop-stars.Quand au fait d'être son propre producteur, oui, cela peut permettre au réalisateur d'en profiter pleinement. Encore faut-il le vouloir. Clint Eastwood par exemple fait ce qu'il veut, mais à mon avis ne pousse pas très loin sa liberté.Ainsi, s'il est toujours intéressant qu'un réalisateur fasse des films "personnels", je ne pense pas qu'il soit raisonnable de leur demander de faire "du Untel". En effet, Zatoichi n'est pas à proprement parler "un Kitano", mais c'est un excellent film, que demander de plus ? J'attends d'un réalisateur qu'il ne fasse pas ce que j'attends de lui, qu'il me surprenne (en bien, ça va de soit). C'est ce que fait Kitano. Et le pire, c'est que malgré tout Zatoichi s'inscrit parfaitement dans la filmo du réalisateur, qui s'évertue à ne pas faire "du Kitano" (ou si tu veux, à rendre l'expression "du Kitano" tellement vaste qu'elle en sera finalement privée de sens).A l'opposé, on a des cinéastes comme Tim Burton, qui passé son chef d'oeuvre Edward aux mains d'argent (et quelques films sympas mais souvents sur-estimés comme Ed Wood) s'emploie à faire "du Burton" avec une telle application qu'il en devient un stéréotype.PS : je sais pas si l'article sera en ligne quand tu passera ici, mais je vais partir en "vacances" sous peu, il y a donc de grandes chances que je ne puisse pas te répondre :(

Totoro 21/07/2006 06:30

Rupture, voilà un mot important tant dans la vie que dans l'oeuvre de Kitano.
Pour Jugatsu, c'est étonnant que tu bloques, car bien qu'il s'agisse du premier véritable KITANO, il est également le condensé de tous les thèmes qu'il utilisera par la suite de façon séquencée.
Il est le KITANO par excellence ! C'est peut-être pour cela que certains films "t'échappent". Jugatsu est la clé pour apprivoiser l'oeuvre de Kitano...
De plus, dire que la vision "douce" qu'il nous présente dans certains films commence avec L'été de Kikujiro n'est pas non plus correct, car c'est oublié le merveilleux A scene at the sea.
Mais ce qui est sûr, c'est que, quelque soit la vision proposée, douce ou violente, drôle ou triste, d'auteur ou commerciale, elle portera la marque de l'artiste, la marque Kitanienne...

Epikt 21/07/2006 11:43

Ahah...Tu serais très pôte avec un de mes amis dont le film préféré doit être Jugatsu et qui c'est étranglé quand je lui ai annoncé (avec toutes les précautions du monde pourtant) que je trouvaient ce film "mineur".Sur l'apect condensé des thèmes, je suis assez d'accord, maîs ce n'est pas cela qui fait un film. C'est juste intéressant pour le fan éxégète. C'est un peu comme (je prends toujours cet exemple) Tetsuo II : body hammer de Shinya Tsukamoto. Ce film contient en germe tous les autres (jusqu'à Snake of june en tout cas), mais n'en reste pas pour autant mineur en tant que véritable film.Mais bon, tu as du te rendre compte que dans la filmo de Kitano ma préférence allait à ces nouveaux films.Fait gaffe par contre, jamais je n'ai parlé de "vision douce" (même si, j'avoue, j'oublie toujours A scene at the sea). Seulement d'une liberté de ton accrue dans ses films, dans sa manière d'aborder tous les stéréotypes qu'il avait pu faire naitre de son personnage (c'est d'ailleurs sur ce point que Takeshis' est vraiment chouette).Pour la marque, je suis d'accord, quand on voit un Kitano, on sait que c'est un Kitano.

Totoro 20/07/2006 09:33

seulement mini glop !!!!! le plus grand réalisateur que la Terre est portée avec Tsui HARK !!!!!!!!!!

Un KITANO c'est une oeuvre d'art ! capable de nous raconter les histoires les plus touchantes (L'été de Kikujiro comment tu peux ne pas le citer ? ) ou les plus violentes (Jugatsu) mais toujours avec son regard Kitanien

mais, comme beaucoup d'artistes, son oeuvre demande à être apprivoisée, et alors elle vous offre toutes ses finesses et ses merveilles.....

ps : m'autorises-tu à t'ajouter dans mes liens ?.... malgré le mini glop accordé à Kitano lol

Epikt 20/07/2006 12:20

Héhé !Le "mini glop" n'est pas pour Kitano, mais pour Takeshis' Car si je devais parler de la carière de Kitano dans son ensemble, voui, ça serait "glop  !". Seulement, pris indépendemment, Takeshis' 1, a tendence à parfois tourner à vide et 2, n'est réellement chouette que pour qui connait le personnage (et n'a pas vu que Kikujiro). Cela dit, il confirme pour moi une inclinaison dans la carrière de Kitano (le réalisateur) qui ne peut que me réjouir. En effet depuis quelques films (depuis Kikujiro j'ai l'impression) il semble vraiment avoir trouvé un liberté de ton enthousiasmante (est-ce dû à son retour de Holywood après avoir tourné Aniki ?), qu'il tourne des films très personnels et épurés (Dolls), des commandes (Zatoichi) ou des gros portnawak (Takeshis') il opère à chaque fois une rupture.C'est rigolo que tu évoques Kikujiro et Jugatsu, car ce sont justement (parmi ceux que j'ai vu, il m'en reste deux ou trois) les deux sur lesquels je bloque. Pas que ce soit mauvais. Mais si prises indépendemment je trouve que les scènes fonctionnent, l'ensemble à du mal à trouver un rythme et une cohérence. J'appelle d'ailleurs ça le "syndrome kikujiro" !Entre parenthèse, mon top Kitano : Hana-Bi (ultime celui-là), Zatoichi (enfin un film de pur divertissement pas con et inventif) et Dolls (que dire de plus ?).Epikt   =^..^=PS : voui voui, tu peux m'ajouter dans tes liens ^^même si je ne fais pas que ça (et même je m'impose de ne pas faire que ça), mes goûts m'entrainent naturellement vers les fantaisies extrême-orientales.PPS : J'adore Totoro !

colin 05/07/2006 11:51

fan de mad movies que ca m'etonnerai pas.
j'me gourre

Epikt 05/07/2006 12:41

Fan, je dirais pas, mais voui, lecteur (plus ou moins suivant l'humeur), même si j'avoue ne plus trop lire la presse cinéma.Mais depuis l'arrêt de "Repérages" (enfin, leur changement de formule), nul doute que "Mad" soit ce qui se fasse de mieux, de plus libéré et de moins coincé du cul.Même s'il leur arrive de raconter des horreurs (Hills have eyes, aaarrrggghhh !) ça vaut 100 fois tous les "Première", "Cahiers du cinéma", "Ciné Live" et autres "Télérama".