[le mic-mac d'A.K.] Agrati, Yuki & Me

Publié le par Arkady Knight


Va falloir que je me ressaisisse un minimum, ou bien je vais finir par poster tout plein de photos de moi et mon blog va devenir tout rose.
Promis, le prochain article est de moi.

♥♥♥  Epikt  < mini mini cat lover >  ♥♥♥





    On foutait que dalle, le gland dressé face au vent. J’étais avec Yuki. La plage était déserte. Juste trois ou quatres dindes à poil, le sein éloquent, qui se dandinaient à quatre pattes. Ça puait pas mal. La mer, les mouettes ou les chattes des dindes. Je savais pas dire. Mais ça puait pas mal.
    À un moment, Yuki s’est tournée vers moi. Elle avait les cheveux couleur myrtille. J’aimais bien Yuki. Son opération s’était mal passée et dans l’urgence les mecs lui avaient recousu la bite à l’envers. Mais je l’aimais bien quand même. Surtout ses petits seins.
    — C’est pas Jean-Marc, là-bas ? elle a dit.
    — Qui ça ? j’ai dit.
    — Jean-Marc, elle a dit.
    — Jean-Marc ? j’ai dit.
    — Ouais, Jean-Marc, elle a dit.
    — P’tain, Jean-Marc, j’ai dit.
   P’tain, ça faisait une éternité qu’on avait pas vu Jean-Marc. La dernière fois que je l’avais vu, il tirait sur des gosses avec un pistolet à eau rempli de sperme. C’était il y a longtemps. Yuki était encore un mec.
   Le temps que je me souvienne de la scène, les gosses qui chialaient avec les yeux collés, Jean-Marc est arrivé à notre hauteur.
    — Salut, il a dit.
    — Salut Jean-Marc, on a dit.


    Il n’avait pas beaucoup changé. Si ce n’est qu’il s’était rasé cette tignasse de mouton allemand qui plaisait tant aux dindes. Ça m’a rappelé que les grands-parents de Yuki avaient été fusillés y a deux jours pour avoir collaboré pendant la guerre. Sale temps. Par compensation, les balles avaient ricoché sur les armatures du fauteuil de mamie et avaient touché le gosse d’un gradé qui était venu mater l’exécution. Il avait tout pris dans les couilles.
    Jean-Marc a posé sa glacière devant nous et a sorti trois canettes de bière bon marché qu’il nous a tendues, la mine goguenarde. Ce qu’il y a de cool avec Jean-Marc c’est qu’il vient toujours avec ses bières. C’est pour ça qu’on l’invite toujours aux soirées. Parce que sinon il est peu envahissant comme mec. Le genre bourré en permanence qui parle tout seul et qui va draguer la fille à ne pas draguer rien que pour foutre la merde. L’autre fois il a dragué Chloé. Chloé ! Rendez-vous compte. Mais bon, vu qu’il amène ses bières, on le laisse faire.
    — Je peux m’asseoir ? il a dit.
    Maintenant qu’il nous avait filé des bières, on pouvait plus refuser. C’est un malin Jean-Marc.
   Il s’est assis entre moi et Yuki. Le sable s’est creusé sous ses fesses et un petit crabe albinos en est sorti. Jean-Marc l’a écrasé avec le cul de sa canette. Il est comme ça Jean-Marc. Faut pas le faire chier.
    On était là tous les trois, le gland dressé face au vent, celui de Yuki dans le sens contraire. Et on buvait des bières en matant les dindes qui picoraient dans le sable.
    Puis Jean-Marc s’est mis à roter. Plusieurs fois. On aurait dit une vieille jeep en train de caler dans une ornière boueuse. Il rotait tellement fort que ça couvrait le bruit des mouettes qui s’écrasaient contre les parois du phare.
    Puis il a fini par cracher une espèce de lasagne géante toute baveuse. Le truc s’est enfoncé dans le sable en faisant des bulles. Plein de petites bestioles se sont réveillées et se sont agitées tout autour de la lasagne géante. Une des bestioles a essayé de la toucher avec sa pince. Y a eu un petit crépitement bleu et la bestiole a explosé, comme ça, foutant du sang rose un peu partout sur ses copines. Du coup, toutes les bestioles se sont mises à ressembler à des petites figurines en malabar. Surtout qu’elles se sont toutes mises à exploser les unes après les autres en faisant plop.
    — Pardon, a dit Jean-Marc.
    — C’est pas grave, a dit Yuki.
    Elle se tortillait le téton gauche avec son index tout en regardant Jean-Marc. Ça m’a fait bander aussi raide que le phare là-bas. Discrètement, j’ai frotté ma bière sur ma bite pour la refroidir, je tenais pas à ce qu’une mouette s’écrase dessus.
    Quand la lasagne a eu fini de s’enfoncer complètement dans le sable, Jean-Marc a ressorti trois nouvelles bières bon marché et nous les a tendues, l’air un peu penaud. Jean-Marc a souvent l’air penaud. C’est Jean-Marc.
    — C’est à cause de Spok, il a dit.
    — À cause de qui ? j’ai dit.
    — De Spok, a dit Yuki.
    Je l’ai regardée de mon sale œil, le droit. J’aime pas quand elle essaye de se montrer plus cultivée que moi. Ça réduit mon aura de mâle dominateur, j’ai l’impression d’être juste bon à ouvrir les bières.
    J’ai ouvert ma bière et j’ai fait mine de les ignorer. J’ai préféré regarder les dindes. Y en avait deux qui se battaient pour un préservatif aux fruits rouges qu’elles venaient de déterrer. Elles se labouraient le cul avec leurs griffes noires. Mais ça m’a vite lassé. Alors j’ai craqué, après tout c’était déjà une journée de merde.
    — C’est qui Spok ? j’ai dit.
    Yuki m’a dévisagé, l’air de me prendre pour une bite. Depuis qu’elle a changé de sexe, enfin en partie, je trouve qu’elle a trop tendance à penser de la chatte.
    — Spok c’est Spok, a dit Jean-Marc.
    Il me casse les couilles Jean-Marc des fois. J’ai repris une bière dans la glacière en faisant mine d’ignorer les machins roses qui grouillaient là-dedans.
  — En fait, Spok a débarqué chez moi la semaine dernière, a dit Jean-Marc. Une erreur de téléportation qu’il a dit. Un truc comme quoi Scotty ne regardait pas le cadran, occupé à limer le cul d’une blonde. Spok a dit qu’il avait une mission, un truc vachement à important à accomplir et qu’il aurait dû être envoyé pas chez moi mais chez une personne super importante sur qui il aurait pu agir pour changer le monde. Parce que tu vois, a dit Spok, le monde doit changer, les lignes sont en train de s’effriter, les couloirs s’effondrent tout autour de nous et si on fait vite rien pour remédier à ça, tous nos parallélismes vont se croiser et ça va foutre une sacrée pagaille. Je lui ai demandé si c’était si important que ça, pourquoi le capitaine Kirk n’était pas venu avec lui. Spok a haussé un sourcil, tout en lorgnant sur la troisième bouteille de rouge que je tire-bouchonnais pour lui, c’est que sur Vulcain, ils connaissent pas le rouge, ils boivent juste des trucs sur-vitaminés, les trucs pour que tu gardes une bonne mine et que t’attrapes pas des varices ou des saloperies du genre, mais du rouge non, c’est quand même con, se casser le cul à parcourir la galaxie, à sauver des filles et pas foutu d’avoir un bon rouge quand tu rentres chez toi le soir. Le sourcil de Spok s’est remis en place et il a dit que le capitaine Kirk était un sale traître, que tout le monde le savait, il était surpris que je ne le sache pas, que Kirk était un envoyé du diable pour nous mystifier, pour qu’on se rende pas compte que tout se cassait la gueule. C’est McCoy qui l’a démasqué en lui bourrant le cul, il était défoncé au whisky et croyait que c’était le cul de la petite tahitienne que l’Enterprise avait prise en stop, du coup la bite du docteur a cramé, bouffée par les flammes à l’intérieur de Kirk, et c’est comme ça qu’ils ont su. Ils ont cryogénisé Kirk pour le ramener sur Vulcain pour le juger, mais le docteur était tellement énervé qu’il a pulvérisé le corps congelé du capitaine. Là, Spok a sorti un sachet de son moule-bite et a fait tomber deux petits glaçons dans sa paume. Il a haussé un sourcil, deux fois de suite, je me suis demandé si les vulcains parlaient en morse entre eux, et les a fait tomber dans nos verres. Des morceaux de Kirk, il a dit, en célébration de notre rencontre. Je l’ai remercié, même si mettre des glaçons dans du rouge, c’était limite dégueu. Sur ce, il a vidé son verre et m’a dit qu’il n’avait plus le temps de trouver la personne super importante et que donc il accomplirait sa mission sur moi. Et il m’a souri. C’est là que j’ai commencé à avoir peur. J’ai voulu me lever mais j’étais comme paralysé, mon verre de rouge à quelques centimètres de mes lèvres. Spok s’est levé et a commencé à se déshabiller. Et là j’ai vu qu’il n’avait pas de sexe, de vrai sexe, mais un espèce de pistolet laser avec des loupiottes bleues et roses. Il m’a expliqué qu’il allait agir pour mon bien et celui de ma planète, que grâce à moi les lignes allaient se redresser et que les gens seraient heureux et protégés de toute cette merde ambiante. J’avoue que ça m’a fait drôle d’entendre le mot merde dans la bouche de Spok. Mais du coup j’ai eu envie de le croire, de croire que moi Jean-Marc je pouvais sauver le monde, je me suis vu avec une cape bionique avec un grand A rouge. Avec ça, je pourrais même me taper des actrices ça se trouve. Spok s’est approché de moi, il a écarté mon verre et a glissé sa bite pistolet entre mes lèvres. Pour l’humanité il a dit. Et tout est devenu noir. Quand je me suis réveillé, Spok était de nouveau habillé, il m’a fait un salut vulcain, m’a demandé de passer le bonjour à Marie et à son bout de chou, puis il s’est mis à clignoter de partout, des étoiles bleues fluo sont apparues sur tout son corps et d’un coup il était plus là. J’ai regardé mon verre. Le glaçon avait fondu. On aurait dit comme une couille qui flottait dans mon rouge. Je l’ai bu quand même.
    Jean-Marc a ressorti trois bières de sa glacière et nous les a tendues. Yuki avait les yeux pleins de larmes. Moi, j’avais les couilles qui me grattaient un peu. Ça nous faisait toujours cet effet-là les histoires à Jean-Marc.


    — Et depuis… a dit Yuki, la voix toute mouillée.
    — Depuis, a dit Jean-Marc, je mute.
    — Tu mutes ? j’ai dit.
    — Ouais, il a dit.
    De la bite, il a montré l’endroit où la lasagne géante s’était enfoncée.
    — C’est des bouts de mon ancien moi qui se décollent.
    — Ah ? j’ai dit.
    — Et ton nouveau moi, il est comment ? a dit Yuki.
    — Je sais pas encore, a dit Jean-Marc. Mais je vois tout en pointillés maintenant.
    — En pointillés ? j’ai dit.
    — Ça doit être beau, a dit Yuki.
    — Ça le sera, a dit Jean-Marc.
    Puis on s’est tous tus. Je me suis demandé ce que ça faisait de voir en pointillés.
    — C’est pas Zol, là- bas ? a dit Yuki.
    — Qui ça ? j’ai dit.
    — Zol, elle a dit.
    J’ai froncé les yeux. Au loin, près de l’eau, un type discutait avec une nana en imperméable qui promenant un petit chat blanc en laisse. C’était trop loin pour que je puisse savoir si c’était Zol ou pas.
    — T’en penses quoi Jean-Marc ? j’ai dit.
    — Je sais pas, il a dit. En pointillés, c’est pas facile.
    Soudain, le type a sauté sur le petit chat et s’est mis à le sodomiser violemment sur le sable.
    — C’est Zol, j’ai dit.
    La nana a commencé à hurler, Zol a sorti un flingue de sa veste et l’a butée tout en continuant à limer le chat. Les vagues venaient s’écraser à ses pieds.
    Quand il a eu fini, il s’est relevé, s’est un peu branlé au-dessus du cadavre de la nana et s’est cassé.
    — Pauvre Zol, a dit Yuki.
    — Ces petits chats, tous des enculés, a dit Jean-Marc.
    J’ai opiné. Pour une fois, j’étais bien d’accord avec Jean-Marc.
    Il s’est levé et nous a regardés une dernière fois.
    — Ça m’a fait plaisir de vous revoir, il a dit.
    — À nous aussi Jean-Marc, on a dit.
    Puis il est parti avec sa glacière en se dirigeant vers la plage.
    En chemin, il a vomi une nouvelle lasagne géante et a enculé une dinde qui était venu voir ce que c’était. Il a aussi enculé le cadavre de la nana que Zol avait butée puis a ramassé le corps du petit chat et l’a foutu dans sa glacière. Et il a disparu dans la même direction que Zol.
    Yuki a posé sa tête sur mon épaule et, du bout des doigts, s’est mise à me caresser le gland. La plage était silencieuse. Les dindes étaient occupées à s’enculer en se griffant les seins. J’ai glissé mon bras autour de Yuki, ma main se rabattant sur son petit sein droit.
    — T’as remarqué, a dit Yuki.
    — Quoi ? j’ai dit.
    — Ils lui ont mis une nouvelle bouche à Jean-Marc, elle a dit.
    — Je préférais l’ancienne, j’ai dit.
    — La nouvelle n’a peut-être pas encore fini de muter, elle a dit.
    J’ai repensé à Jean-Marc, à sa nouvelle bouche. Curieusement j’étais content qu’il soit passé. Et pas seulement parce qu’il avait amené des bières. Mais je nous sentais comme protégés, moi et Yuki, depuis son passage. J’avais l’impression que nous n’appartenions plus au même monde que la mer, les mouettes et les chattes des dindes. Je me suis rappelé ce qu’avait dit Jean-Marc à propos de la bite de Spok et je me suis demandé à nouveau ce que ça faisait de voir en pointillés. Peut-être que c’est moins moche, moins triste, moins figé. Peut-être qu’il y a un avenir quand on voit le présent en pointillé.
    On foutait que dalle, le gland dressé face au vent. J’étais avec Yuki. Et on n’était pas si mal que ça, finalement.


Arkady Knight





/*** reprise de contrôle by Epikt ***/


Jean-Marc Agrati est l'auteur de Le chien a des choses à dire (Editions Hermaphrodite, 2004) et de Un éléphant fou furieux (Editions La Dragonne, 2005). Son nouveau recueil Ils m'ont mis une nouvelle bouche (chez Hermaphrodite encore) sort en février-mars prochain, mais comme on pense à vous très fort il est dispo en avant-première mondiale à la librairie Scylla :

Librairie Scylla
8 rue Riesener
Paris 12 (métro Mongalet)
(ouverture les lundi, jeudi et vendredi de 12h à 20h et le samedi de 10h à 20h)



Photos : Daylon (daylonmw.com & Moonmotel)
Models : Jean-Marc, Jean-Marc, Mayku & la main d'A.K. (librairie Scylla, 9 décembre 2006)
 

Publié dans Le mic-mac d'Epikt

Commenter cet article

AK 03/01/2007 20:28

Epikt >> L'année prochaine pense à faire un article "venez me souhaiter la bonne année là plutôt que n'importe où =^..^= ".A.K.

Epikt 03/01/2007 20:41

Moué, j'y pense  =^..^=

doggy-man 02/01/2007 02:33

bravo et pour tout ce petit texte et surtout cette emotion qui en ressort ( lol )  une bonne anée à toi et merci pour tes mesages sur mon fil .
doggy qui repassera sans fautes

nc 31/12/2006 05:59

Halo mabel porképict,
gé hun bot cas d'eau pour toi pour te sous haie thé la bonne âne nez.
çé hi scie:
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/01/51/84/hamster.exe
 
bin bise houx pis ha plusse!
corps dial hement
nc

Epikt 31/12/2006 12:28

YAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!J'ADORE !!!!!!(les autres, testez ça "at your own risks" comme disent les texans avec un chewing-gum géant dans la bouche)

la Muse 23/12/2006 12:13

Top-glop !!!! j'adore et je suis morte de rire !!! un auteur à suivre... à n'en pas douter ! (OK.. j'étais bluffée... mais le code à taper c'est "MAT" !!!!! lol)

Epikt 23/12/2006 15:49

Poutou à toi la Muse  =^..^=

Daylon 23/12/2006 00:06

Masturbation Over Quota, les filles.Faudra arrêter les sextoyz qui clignotent :)

Epikt 23/12/2006 10:03

La preuve, tu bégaies.