[Mini Glop] Faces of a Fig Tree - Kaori Momoi

Publié le par Epikt

faces-of-a-fig-tree-1.jpgVu au festival du film japonais contemporain dont il faisait d’ailleurs l’ouverture, en présence de la réalisatrice qui est venue taper la causette en fin séance, et on peut dire que la dame Momoi c’est une sacrée bonne femme ! Visiblement au Japon c’est une star en tant qu’actrice (et honte sur moi, je l’ai vu dans plusieurs films et je la reconnais pas) et en jetant un oeil à son parcours je comprends de suite pourquoi : première fois devant la caméra de Kon Ichikawa, puis des réals de la trempe de Akira Kurosawa ou Shohei Imamura, et plus récemment Shunji Iwai ou Takashi Miike. Non, sérieux, elle a la classe. Et de toute façon une réalisatrice qui affirme en avoir marre d’un cinéma raconteur d’histoires et qui a joué dans IZO ne peut qu’attirer ma sympathie.
L’histoire justement, il raconte quoi ce film ? (non, ce n’est pas de la provoc)
C’est une famille – la mère (incarnée par Kaori Momoi elle-même, on n’est jamais aussi bien servie que par soi-même), le père, la fille et le fils – qui vivent dans leur maison, une vieille habitation traditionnelle avec ses panneaux qui coulissent et son jardin ; et au milieu du jardin le figuier qui donne son titre au film. Le père travaille sur un chantier et répare chaque nuit les tuyaux de gaz que les ouvriers ont bricolés avec du scotch dans la journée, la fille bosse visiblement pour un magazine mais ne met jamais les pieds à la rédaction, le fils ne fait pas grand chose et la mère s’occupe de toute cette ménagerie. C’est un peu tout, y a des choses qui vont se passer, mais je sais pas si ça vaut la peine que je raconte, vous verrez bien par vous même, n’est-ce pas ?

Donc allons au plus marquant / trivial / évident, la première chose qu’on remarque est la photo, très belle, qui prend des teintes complètement loufoques, appuyées et contrastées. Rien que le premier plan marque (les feuilles du figuier justement, sur un fond bleu tendrement flashouille). Malgré tout, pas de mauvais goût, cela reste très équilibré et ce n’est pas inutilement ostentatoire. En gros, ça fait penser à ce qu’a pu faire Park Chan-Wook sur I’m a cyborg, but that’s OK qui en moins kitch faisait lui même déjà penser aux films de Wisit Sasanatieng (Les larmes du tigre noir). Sauf que là c’est réussi. Et la raison de cette réussite, il ne faut pas la chercher bien loin : un énorme (j’aimerai pouvoir écrire en majuscules) travail sur les décors, les accessoires et les costumes. En particulier l’aménagement de la maison, de facture traditionnelle comme vous le savez, encombrée d’un bric-à-brac hétéroclite, coloré et parfois kitch, s’imposant parfois de façon outrancière (ce frigo rouge, mon dieu) mais aussi diffusant une atmosphère personnelle et crédible. Et c’est finalement rare quand dans un film un intérieur sort de la norme, tout en gardant la chaleur et la présence d’un espace réellement habité. Donc voilà, la directrice artistique et costumière (Mme. Sachico Ito, parrait-il qu’elle est connue) ainsi que le chef décorateur (M. Takeo Kimura que lui non plus je le connais pas, je me sens minable aujourd’hui) méritent d’être cités, une bonne part de la réussite du film leur revient.


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Au niveau de la réalisation aussi, Kaori Momoi se fait plaisir (tant qu’à faire, hein ?). Que ce soit dans des détails détonants (le film s’ouvre sur fond de cris de bébés, avec un type qui casse un oeuf dans son riz, pas besoin de plus pour imaginer l’embryon qui craque sous la dent, trop classe), des mécanismes de montage ingénieux (l’introduction du flash-back avec la fille qui fait le fondu au noir en masquant l’objectif avec la main, pour la retirer étant gamine)(c’est pas clair ce que j’écris ? voyez le film alors) ou des moments de mise en scène vraiment inspirés (la femme à la jupe jaune qui fait irruption dans l’appartement du père). Une autre scène bien sentie, les personnages marchant sur une route filmée de coté en rase-mottes, apparaissant et disparaissant des deux cotés de l’image, ce qui donne un peu l’impression d’être devant un théâtre de marionnettes ! Bref, y a des idées rigolotes un peu tout le temps, ça fait plaisir et c’est très ludique comme cinéma.
Heureusement d’ailleurs, car le film peine parfois à accrocher l’attention. Par le manque de réelle histoire, mais jamais oh ! grand jamais je ne reprocherai à un film son manque d’histoire. Reste que Kaori Momoi s’oublie parfois un peu dans ses délires, oubliant de bâtir une narration (et ça c’est de suite plus grave). J’ai beau savoir (et en avoir l’habitude, et, horreur ! aimer ça) que le cinéma japonais aime prendre ses aises, il n’en empêche pas cette narration trop lâche de parfois faire trouver le temps long.
Heureusement que la réalisatrice nous réveille régulièrement avec des scènes savoureuses. Jamais dans ma vie de cinéphile je n’ai appris la mort d’un personnage de telle manière – une séquence cumulant décalage, humour noir et une certaine tendresse, mince, c’est beau. Justement, de l’humour Kaori Momoi semble en avoir, car nous balancer en pleine gueule et pour une raison qui me reste encore bien obscure une scène (en images de synthèse bien grasses, youpi !) avec deux fourmis qui manquent de se faire écraser par une cacahouète qui tombe du ciel et où dans un chapelet d’injures l’une explique à l’autre qu’il ne faut pas dire « putain », c’est pour une cinéaste faire preuve d’un bon sens du second degré. Ou d’un amour de l’inutile essentiel (et inversement car sinon ça serait pas drôle).





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Titre : Faces of a fig tree
Titre original : 無花果の顔 (ichijiku no kao)
Réalisatrice : Kaori Momoi
Avec : Kaori Momoi, Hanako Yamada, Saburo Ishikura,...
Durée : 94 min
Année : 2007

http://www.129-movie.com/

Disponible en DVD (NTSC zone 2, japonais non sous-titré)

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